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BRIFF 2026

Critique : Comme un château fort

par 

- Le documentaire à la première personne de Lou Colpé jaillit d’un drame personnel douloureux pour explorer les liens qui nous soutiennent et qui nous réparent face au deuil

Critique : Comme un château fort

Avec Comme un château fort, découvert au printemps dernier à Visions du Réel dans la Compétition Burning Lights, et sélectionné en cette rentrée dans la Compétition Nationale du Brussels International Film Festival (BRIFF), la jeune cinéaste belge Lou Colpé livre un documentaire bouleversant qui prend la forme d’un journal de deuil qui explorerait les liens qui nous unissent et nous portent.

Tout commence avec les images muettes d’une fête, à l’intérieur et à l’extérieur d’une maison, filmée timidement, pas vraiment en cachette, mais du bout des doigts. Une fête joyeuse, vivante, virevoltante, une fête qui très vite, s’impose comme une résistance au chagrin. Les images de cette fête sont les premières que filme la cinéaste après la mort de son compagnon, avec lequel elle habitait cette maison avant qu’il ne meure sur une route corse où ils étaient partis en vacances. Cette maison, elle s’y réfugie, s’y enferme, s’y protège, contre l’avis de ses proches parfois, comme pour convoquer une sorte de magie qui l’aiderait à traverser le deuil. Avec elle, dans la maison, on observe passer les saisons, on la regarde, elle, habiter cette nouvelle solitude, mais aussi la remplir d’amis de passage, sur place ou à distance, qui peu à peu lui permettent de créer ou renforcer des liens qui l’attachent et l’assurent, comme en escalade. Qui peut-être, aussi, empêcheront la maison refuge de se muer en maison mausolée. Le temps est le matériau principal du cheminement, sans forcer la vie, prendre le temps de voir encore ce qui reste de la vie d’avant, comme ce vernis qui disparait alors que les ongles poussent, cette voiture à l’arrêt transformée en autel symbolique.

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Dans le silence de l’absence, la voix de la cinéaste endeuillée est hors champ, seuls ses quelques phrases plaquées sur l’écran, sorte de mots off qui remplaceraient la voix off, viennent rythmer le récit. Quelques faits, des éléments de chronologie, des bribes d’intimité, des listes aussi, qui font se rencontrer l’immensité de la perte, et les petites choses qui l’entourent, la liste des cadeaux reçus lors de l’enterrement, la liste des drôles de choses que les gens font face au deuil. Au cours de ce temps long, de ce processus hoquetant et laborieux, les amis, souvent moins par leurs mots que par leur simple présence, leur façon d’amener la vie, sont à la fois comme une armature qui aide à tenir droit, et les remparts qui protègent le château le temps de l’attaque. Avec une grande délicatesse, et à travers le tragique du deuil et des vies possibles fauchées en plein vol, et la puissance de la résilience, Comme un château fort observe sans surtout expliquer, et nous pousse à nous demander comment on habite les lieux, mais aussi les liens d’amitié. Par son usage des mots écrits plutôt que dits, des natures vivantes qui entourent la maison, de la symbolique des objets et la transcendance de présences non jugeantes profondément amicales et aimantes, ce documentaire intime et généreux écrit avec justesse la façon dont on survit avant de pouvoir recommencer à vivre.

Comme un château fort est une production belge pilotée par Dérives, avec en coproduction le Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles.

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