Critique : Radio Bonheur
par Aurore Engelen
- Valéry Rosier est de retour avec les trajectoires parallèles de trois personnages qui semblent fuir en permanence pour oublier le temps qui passe

Depuis ses premiers courts métrages, Valéry Rosier fictionnalise le réel et documentarise la fiction. Naviguant d’un genre à l’autre, son cinéma est un cinéma des lieux et des gens, aussi vulnérable que tendre. On retrouve ces marqueurs dans ce nouveau film qui revient sur des territoires connus pour le cinéaste. Radio Bonheur, projeté en première mondiale en ouverture de la Compétition Nationale du Brussels International Film Festival (BRIFF), suit les trajectoires parallèles de trois personnages un peu abîmés par la vie, des personnages seuls, souvent sur la route, qui semblent fuir en permanence pour oublier le temps qui passe.
Corinne (Corinne Masiero) a pris la route sans rien dire à ses proches dans son camping-car pour revenir fêter l’anniversaire de Radio Bonheur, où elle fut animatrice avec son amoureux. Carlos (Philippe Rebbot), chauffeur de taxi, écoute d’une oreille les craintes de ses clients pour mieux éviter de regarder en face sa propre peur de vieillir. Tom (Tom Audenaert) travaille chez Eternity Service, où il s’occupe de disposer des dépouilles des animaux de compagnie des gens. Ce que Corinne laisse derrière elle, c’est un deuil qu’elle ne se résout pas à faire, préférant vivre dans une bulle suspendue, avant que la réalité ne la rattrape. Carlos voudrait croire en l’amour, mais il est surement trop vieux pour ça, plus assez beau, plus assez séduisant. Tom enfin s’efforce de consoler celles et ceux qui ont perdu leur animal pour mieux oublier que bientôt surement, c’est son père qu’il perdra.
Radio Bonheur débute par des dédicaces diffusées sur son antenne, et ce n’est pas un hasard. Le film, fait de petits riens, semble penser à Corinne, Carlos et Tom, comme les auditeurs qui ont choisi une chanson avec un proche en tête. Si le deuil acté, à venir ou symbolique est au coeur des chagrins des trois protagonistes, c’est peut-être avant tout un film d’amour, de tous les amours, amoureux, filiaux, parentaux, entre humains et animaux aussi. Valéry Rosier avait déjà posé sa caméra dans une radio locale dans Silence Radio. On sent ici encore, comme avec la station balnéaire de son premier long métrage Parasol, que les lieux et les gens qui les habitent et les pratiquent donnent forme à la fiction. Le cinéaste retrouve d’ailleurs derrière la caméra son chef opérateur de Parasol, Olivier Boonjing (qui avait reçu pour le film le Magritte de la Meilleure image). Ensemble, ils composent des plans fixes, souvent larges, où les personnages respirent, où on les voit parfois se perdre.
Radio Bonheur est un film fragile mû non pas par une intrigue soutenue, mais par une attention aux petits gestes et aux regards dérobés, aux voix, et aux mots simples des chansons d’amour, et porté par l’humanité de ses trois interprètes principaux, et des comédiens non professionnels qu’ils croisent sur leur chemin.
Radio Bonheur est produit par la société bruxelloise Wrong Men, qui suit le réalisateur depuis son premier long. Les ventes internationales sont quant à elles gérées par Salaud Morisset.
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