VENISE 2026 Giornate degli Autori
Critique : Salón de belleza
par Vittoria Scarpa
- VENISE 2026 : Nathalia Acevedo livre un premier long-métrage radical et sensoriel, suspendu entre corps, mémoire et inquiétude, où un salon de beauté se transforme en refuge pour moribonds

Ça commence comme si on était dans les abysses, immergé dans un univers liquide et silencieux, et puis la caméra s’éloigne et on découvre qu’il s’agit d’un aquarium, un des nombreux aquariums qui ornent un ancien salon de beauté désormais transformé en refuge pour moribonds. C’est à partir de cette image mi-merveilleuse, mi-inquiétante que Nathalia Acevedo bâtit Salón de belleza, en lice aux 23e Giornate degli Autori de Venise. L’actrice mexicaine fait ses débuts derrière la caméra avec cette adaptation du roman de Mario Bellatin en renonçant à en reprendre l’histoire de manière linéaire pour en faire une expérience avant tout sensorielle.
Dans une ville sans nom, l’Individu (interprété par le danseur, chorégraphe et acteur belge Sam Louwyck) accueille des personnes en fin de vie dans un lieu autrefois dédié à la beauté. À travers de brèves incursions dans le passé, le salon de beauté apparaît tel qu’il était alors : lumineux et peuplé d’une communauté queer qui se teint les cheveux, danse, chante et se réunit dans une ambiance libre et inclusive. Dans le présent, en revanche, les mêmes pièces sont traversées par des corps consumés par la maladie, des visages marqués par la peur et des gens alités qui attendent la mort.
Acevedo réduit les dialogues à l’essentiel, laissant plutôt les corps, les sons, les gestes et les espaces porter le récit. La voix d’un narrateur exprime les réflexions de l’Individu tandis que défilent, brutes, les images d’un marché où sont suspendues des carcasses d’animaux aux étals des bouchers et où les crustacés sont vendus encore vivants. Peu importe que ces fragments soient immédiatement déchiffrables : le film, procède par associations, déviations et retours en arrière, laissant son sens profond jaillir de la juxtaposition des images plus que d’une trame à proprement parler.
L’élément aquatique est le motif qui assure la cohésion de ce monde comme suspendu, à travers la vision des aquariums, mais aussi celle des statues immergées et recouvertes d’algues, qui semblent tout droit venues d’un lieu oublié. Avec le feu, l’eau se met à faire partie d’une géographie presque métaphysique : le salon est pris d’assaut et brûlé, mais il continue de donner l’impression d’être enfoui dans un autre temps et un autre espace. En fond sonore, des chœurs d’église ajoutent une dimension sacrée à ce lieu où la beauté est désormais irrémédiablement rongée par la mort.
La radicalité des choix d’Acevedo n’est pas sans comporter quelques risques. L’accumulation d’images symboliques et la noirceur presque ininterrompue de l’ensemble peuvent rendre le film oppressant et certaines digressions (des scènes de sexe crues qui apparaissent çà et là aux rixes entre hommes) semblent appartenir à un univers volontairement fragmentaire, plus proche du rêve que du récit. Acevedo cherche moins à raconter la mort qu’à nous inviter à nous arrêter un temps sur le seuil qui la précède, là où la mémoire fait irruption dans le présent et où les soins à prodiguer aux présents deviennent le dernier geste possible. Le salon n’est pas seulement un lieu où l’on meurt : c’est un espace où les corps sont accueillis quand le reste de la société les a d’ores et déjà rejetés. À travers le passage de la beauté à la décomposition, de la couleur à la pénombre, le film propose une méditation austère sur la fragilité de l’existence et sur la possibilité, encore, de prendre soin les uns des autres.
Salón de belleza a été produit par Kintsugi Cine (Mexique) en coproduction avec Farol (France). Les ventes internationales du film ont été confiées à l’agence parisienne The Pool Films.
(Traduit de l'italien)
Galerie de photo 08/09/2026 : Venice 2026 - Salón de belleza
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