TORONTO 2026 Special Presentations
Critique : Le Faux Soir
par Aurore Engelen
- Michaël R. Roskam est de retour avec un ambitieux film d’action et d’époque aussi drôle que vif qui revient sur une page glorieuse mais méconnue de l’histoire de la Belgique

Michaël R. Roskam est de retour là où on ne l’attendait pas forcément, avec Le Faux Soir, dévoilé au Festival de Toronto dans le cadre des Special Presentations et projeté prochainement en clôture hors compétition au Festival de San Sebastián. Ce film d’époque électrique revient sur un épisode aussi hallucinant qu’inspirant de l’histoire de la Belgique, la fabrication et la diffusion au nez et à la barbe de l’occupant nazi d’une édition falsifiée du journal Le Soir, quotidien à la solde de l’occupant ayant pignon sur rue.
Le récit débute au son d’une alerte, tous les Bruxellois sont aux abris alors que la Gestapo visite les locaux de la rédaction du Soir. Marc Aubrion (Arieh Worthalter), poète anarchiste, croit en la force de ses vers pour contrer la barbarie, les mots face aux canons. Un peu par hasard, sa route croise celle d’un réseau souterrain de résistance avec lequel il va fomenter un coup pour le moins audacieux : retourner contre les Nazis l’une de leurs armes les plus puissantes : la propagande. Sous la direction de Françoise (Mélanie Thierry), mystérieuse mais efficiente cheffe de réseau, une équipe d’Avengers se constitue (au sein desquels Bouli Lanners, Karim Leklou, Julien Frison, Mara Taquin, Peter Van den Begin, François Damiens…), avec chacun et chacune une tâche bien définie, et chevillée au corps la foi que chaque geste compte. Ils et elles ont 22 jours pour réaliser l’impossible : rédiger, imprimer et distribuer une vraie fausse édition du journal Le Soir, qui ridiculisera le régime nazi et les collaborateurs en tous genres.
Parfois l’Histoire est la meilleure des scénaristes, et celle du Faux Soir réunit tous les ingrédients utiles à un film captivant : suspense, camaraderie, courage, danger, passions humaines, et même humour, puisque les textes destinés à l’impression étaient ouvertement satiriques. Encore fallait-il amalgamer avec habileté et inspiration tous ces éléments pour en faire un tout vivant, un film percutant, historique sans être pompeux, divertissant sans être creux. Roskam prend le parti de restituer l’humour propre aux textes des résistants dans le ton du film, en particulier dans les relations entre ses nombreux personnages, capitalisant sur les incontournables quiproquos générés par la clandestinité, et la faconde toute bruxelloise de ses héros, tout en embrassant la dimension presque didactique du témoignage historique de l’incroyable ingéniosité du coup. Il s’attarde ainsi avec délectation sur la complexité de l’opération, la filmant comme on filmerait le casse du siècle, en détaillant le processus technique, au plus près des rotatives, machines décisives magnifiées par l’oeil du réalisateur, et l’excellente musique composée par le musicien français Chassol. Le ballet virevoltant des nombreux résistants indispensables pour monter le coup met aussi en lumière la nécessité de faire collectif pour lutter contre la barbarie, la bravoure opérant à tous les maillons de la chaîne.
La reconstitution soignée nous plonge dans la Bruxelles de la Seconde Guerre mondiale, s’amusant parfois à prendre des airs de bande dessinée au détour d’une rue obscure et de quelques figures patibulaires. Le récit rebondit sans cesse, et parvient à rendre passionnante une logistique pourtant complexe. Au final, Le Faux Soir emporte la mise par sa capacité à embrasser avec ferveur et sincérité ses grandes et louables ambitions, offrant un film populaire, aussi édifiant que divertissant.
Le Faux Soir est produit par Frakas Productions (Belgique), et coproduit par Rectangle Productions (France) et Harbor Men Pictures (Belgique). Les ventes internationales sont assurées par Goodfellas. Le film sortira le 2 décembre prochain en Belgique, distribué par Cinéart, et le 27 janvier en France, distribué par ARP Sélection.
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