Critique : NAZA
par David Katz
- VENISE 2026 : Yuval Abraham et Rachel Szor aident à révéler les méthodes technologiquement avancées utilisées par les Israéliens pour exécuter leur projet de génocide du peuple de Gaza

Avec NAZA, qui vient de faire sa première mondiale en compétition au Festival de Venise, Yuval Abraham et Rachel Szor (la moitié de l’équipe de quatre à laquelle on doit le film oscarisé No Other Land) interviennent de nouveau avec force sur le discours qui entoure la guerre menée par Israël et le génocide perpétré à Gaza en livrant des témoignages qui viennent s’ajouter au dossier à charge contre le gouvernement de Benjamin Netanyahou et ses tenants partout dans le monde. Dans le prolongement de révélations publiées dans The Guardian (un des financeurs du film) et les journaux israélo-palestiniens +972 Magazine et Local Call, on entend 24 agents de l’Aman (la direction du renseignement militaire israélien) qu’Abraham a interviewés sur les toits de Tel-Aviv de nuit, pour des raisons de sécurité, et dont il a masqué les identités en procédant à des altérations numériques. Parallèlement aux effroyables détails qu’ils nous livrent sur les massacres à distance opérés grâce à l’IA, le film propose quelques plongées prudentes dans la psychologie des soldats, sans omettre de nous donner des éléments de contexte historiques sur les efforts d’Israël pour bâtir une nation et sur l’occupation.
Si ces détails sont déjà connus, ce film concis de 80 minutes nous les donne à visualiser de manière extrêmement saisissante, ce qui ne manquera pas de consolider la perception des faits déjà largement acceptée, qui est qu’Israël est bel et bien en train de commettre un génocide sur la population civile de Gaza, et que ses objectifs vont bien au-delà du Hamas. On commence par expliquer le titre du film, NAZA, raccourci de l’expression Nezek Agavi, qui se réfère en hébreu à la masse des spectateurs innocents considérés comme des victimes collatérales, soit tous les morts à l’exception des cibles principales appartenant au Hamas. Ce n’est cependant qu’en découvrant les mécanismes à travers lesquels l’Aman arrive à espionner les télécommunications gazaouies, et en voyant comment de vraies vies et de vraies infrastructures deviennent des espaces à neutraliser et venir occuper de nouveau, qu’on comprend comment ces atrocités arrivent à être commises aussi efficacement. Les personnes interrogées développent souvent en dessinant des diagrammes sur des bouts de papier, livrant des informations si compromettantes que certaines parties ont dû être floutées.
Les téléphones des militants sont le premier maillon de la chaîne. L’activité d’un seul appareil peut être reconnue sur d’autres appareils du réseau grâce à un programme d’intelligence artificielle appelé Lavender, après quoi les cibles sont attaquées chez elles, généralement entourées de leur famille et non au combat. Dans certains cas, les téléphones pointés par le système n’appartiennent pas à des militants – de nombreux bâtiments ont été rasés par erreur. Ça fait froid dans le dos, d’être mis face à ces conséquences de l’automatisation, quand elle est utilisée à ces fins-là, car la guerre assistée l’IA entraîne des dommages bien plus vastes et plus irréversibles que ceux qu’on peut causer sans cette assistance.
D’autres questions délicates se posent pour les agents israéliens, qui ont vu la génération de leurs grands-parents vivre abasourdie, incapable de s’expliquer la tuerie de masse commise par les nazis et leur absence de remords, et entendu les communautés juives du monde entier clamer “Plus jamais !”. “Je vois toujours ces nazis comme maléfiques, mais dans ce cas, moi, que suis-je ?”, dit un des intervenants. Les images filmées par Szor (la cheffe opératrice principale du film) apportent à cette question une réponse oblique, de même que les directives du gouvernement officiel selon lesquelles “tous les gens de Gaza sont des terroristes”. Pendant ce temps, au-delà de quelques alertes aux missiles, la ville de Tel-Aviv reste sereine, élégante et sûre. C’est sans doute un environnement idéal pour faire semblant de ne rien savoir des atrocités en cours à 70 km. À présent que certains pays ont enfin décidé de sanctionner le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie, Israël est mis au défi (notamment par des documentaires comme celui-ci) de ne pas ignorer ce qui est en train d’être perpétué.
NAZA a été produit par la société britannique JW Films en association avec Placeholder Films et Unseen Hand et avec le soutien de The Guardian. Les ventes internationales du film ont été confiées à mk2 Films.
(Traduit de l'anglais)
Galerie de photo 10/09/2026 : Venice 2026 - NAZA
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