SAN SEBASTIAN 2026 Compétition
Critique : Ghost Song
par Olivia Popp
- Fatih Akin livre une tragédie fantastique située à Hambourg, un récit aux émotions à fleur de peau où une histoire d'amour surnaturelle de conte de fées se transforme en quelque chose de plus

Il convient avant toute chose de féliciter Fatih Akin pour avoir su trouver deux des jeunes acteurs les plus beaux du monde germanophone et pour les avoir placés face à face dans une histoire d’amour marquée par la fatalité. Ghost Song (simplement intitulé Geister, soit “fantômes” en allemand), qui vient de faire l’ouverture du Festival de San Sebastian, où il concourt pour le Coquillage d’or, a toutefois plus à offrir que juste deux jeunes gens au physique avantageux filmés en noir et blanc, même si on ne peut nier qu’ils contribuent grandement à l’aura de conte de fées qui fait partie intégrante de ce nouveau travail occasionnellement un peu mélodramatique, mais rafraîchissant de sincérité, par le cinéaste allemand lauréat d’un Ours d’or (qui en a coécrit le scénario avec Ruth Toma).
Faris et Farasha se rencontrent à une fête de fin d’études secondaires, presque tout en haut de la tour Heinrich-Hertz de Hambourg. Entre eux, le charme opère instantanément : ils prévoient sur le champ un premier rendez-vous, dès le lendemain. Nos deux amoureux et leurs meilleurs amis respectifs s’entassent ensuite dans une voiture pour rentrer chez eux, mais tandis qu’ils traversent une zone de travaux mal fichue, ils doivent faire une embardée pour éviter un camion et sont précipités, du haut d’un pont, dans la rivière qu’il enjambe. C’est sans doute la pire chose qui puisse arriver, de perdre la vie à cause de travaux mal indiqués. Sur les quatre jeunes, Farasha est la seule à ne pas s’en sortir. Elle se met alors à rendre visite à Faris dans ses rêves, ce qu’elle fera, dit-elle, pendant quarante jours. Le jeune homme, envoûté par la promesse de sa dulcinée, se met à attendre ces visites avec de plus en plus d’impatience. Il se jette tête baissée dans la spirale infernale où Farasha le pousse.
Akin fait ici très bon usage de l’univers urbain de Hambourg, où il déniche des lieux architecturalement aventureux pour y filmer le couple pendant ses escapades romantiques nocturnes. La photographie remuante de Frank Griebe (surtout connu pour ses collaborations avec Tom Tykwer) propose toutes sortes de mouvements de caméra inattendus, avec un accent sur les rotations, comme pour nous faire entrer dans un univers parallèle. Un motif musical pénétrant et extrêmement efficace (imaginé par Malakoff Kowalsk, qui a composé la bande originale) ne cesse de revenir, comme ce genre de petit air qui vous reste en tête, sous toutes les formes possibles et imaginables : comme sonnerie de téléphone, comme mélodie que quelqu’un sifflote, sombrement joué par des instruments à corde, chuchoté par des instruments à vent, gravement rendu par les cuivres.
Faris a le sourire éclatant et irrésistible de l’acteur allemand Eren M. Güvercin, et la réfugiée syrienne résidant en Autriche Mariam Dawoud, dont c’est la première apparition à l’écran, injecte dans le personnage de Farah, alias Farasha, toute la vie qui lui manque à présent, parvenant même à transformer certains des moments un peu trop écrits du film en de la tendresse sincère. Les rêves et le surnaturel s’insinuent dans la réalité : des fragments des rêveries nocturnes de Faris se manifestent dans sa vie, et inversement. Akin insère aussi dans le film des moments de légèreté à travers des scènes de jeux innocents, peut-être pour nous rappeler que malgré tout, l’histoire qu’il raconte ici est celle de deux jeunes adultes amoureux.
Le passage du temps est exprimé par des collages étranges et très beaux réalisés par Nathalie David qui combinent différents styles de manière à transmettre, comme une empreinte, quelque chose d’indélébile, et sont toujours accompagnés de la mention du jour précis, sur les quarante alloués. Bien que l’histoire de Faris et Farasha puisse faire l’effet d’avoir peu d’envergure en tant qu’épopée romantique, le réalisateur en augmente l’impact par sa diligente sincérité, et en prenant autant cette relation au sérieux que n’importe quelle autre. En tâchant de faire honneur tout du long à l’étincelle née ce soir-là, sur la tour de télécommunications hambourgeoise, il s’inscrit dans l’esprit de cette réplique du Portrait de la jeune fille en feu : “Ne regrette pas, souviens-toi”. Certains critiques pourront trouver Ghost Song un peu mièvre, mais ce n’est pas déplaisant de voir des âmes mises à nu quand les temps sont à la quête constante de réalisations censées toujours s’élever, viser plus haut.
Ghost Song a été produit par la société allemande Bombero International GmbH & CO KG, en coproduction avec Warner Bros Film Productions Germany et Rialto Film GmbH. Les ventes internationales du film sont gérées par Beta Cinema.
(Traduit de l'anglais)
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