SAN SEBASTIAN 2026 New Directors
Critique : El mal hijo
par Cristóbal Soage
- L'acteur espagnol Jaime Lorente se lance dans la mise en scène avec un récit intime sur les traumatismes transmis par les générations précédentes et sur une lutte pour échapper à un destin tragique

Le visage de Jaime Lorente est un des plus populaires du panorama audiovisuel espagnol de ces dernières années. Depuis qu’il a été révélé dans un des rôles principaux de la série Netflix La casa de papel, dont le succès colossal a catapulté au rang de stars pratiquement tous ses comédiens, l’acteur a été présent sur les affiches et les écrans sans discontinuer. Le voilà maintenant qui fait ses débuts comme réalisateur avec El mal hijo, qui a fait sa première mondiale dans la section New Directors du Festival de San Sebastian.
L’histoire que raconte le film est une histoire de plaies jamais refermées dont la souffrance se transmet de génération en génération. Au centre de tout, on a Ruben (interprété, enfant, par Abel de la Fuente), dont on fait la connaissance petit, alors qu’il vit avec sa grand-mère, que tout le monde appelle “la Murciana” (une Susi Sanchez qui nous offre de nouveau une interprétation de haut niveau). Cette dernière se met en quatre pour que l’enfant soit entouré d’attentions et d’affection. Malgré cela, le héros ne peut pas s’empêcher de sentir le vide de l’absence d’un père qui s’est perdu dans ses propres tragédies et d’une mère incapable d’éviter de projeter sur son petit garçon des rancœurs et ressentiments dont il n’est pas responsable.
Avec sa grand-mère comme pilier de toute son existence, Ruben grandit, et se retrouve inévitablement confronté à un univers hostile où violence et précarité semblent être le lot de tous. Le tableau que Lorente brosse ici d’un village du cœur de l’Espagne comme tant d’autres est très réussi et les questions qu’il pose (par exemple sur le traitement de type esclavagiste qui est réservé au immigrés qui travaillent dans les champs, présenté très crûment) lui donnent une dimension politico-sociale tout à fait louable, mais c’est dans les moments d’intimité que le premier film de l’acteur comme réalisateur triomphe vraiment. Avec Ruben devenu grand (incarné par un très convaincant Hugo Arbues), les rôles d’aidant et d’aidé s’intervertissent et c’est lui qui doit maintenant s’occuper de sa grand-mère. Les scènes des soins, où la complicité et l’affection entre eux deux paraissent réelles, presque tangibles, constituent les meilleurs moments du film et méritent d’être applaudies avec enthousiasme.
El mal hijo progresse de manière fluide vers un point d’orgue final où le héros va devoir passer à l’action pour fuir la situation de douleur et de précarité à laquelle il donne l’impression d’être irrémédiablement condamné. Le film parvient habilement à donner forme à l’histoire d’un enfant qui veut devenir quelqu’un de bien, malgré la violence, l’injustice et le manque d’amour dont il a été entouré pendant une bonne partie de son existence. Dans ce travail qu’on pourrait qualifier de western domestique – où les calèches sont remplacées par de vieux tas de boue à quatre roues –, Lorente déploie de belles qualités, qui en font un réalisateur à garder à l’œil ces prochaines années.
El mal hijo a été produit par AF Films et El mal hijo la película S.L. Les ventes internationales du film sont assurées par Film Factory Entertainment. En Espagne, il est distribué par AF Pictures.
(Traduit de l'espagnol)
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