SAN SEBASTIÁN 2026 New Directors
Critique : Bloques erráticos
par Cristóbal Soage
- Dans son premier long-métrage de fiction, le Chilien Thomas Woodroffe propose une relecture évocatrice des images filmées par ofrec Paul Castelnau en Terre de feu au début du XXe siècle

La section New Directors du Festival de San Sebastian est une vitrine privilégiée où l’on trouve réunis, d’année en année, des regards de cinéastes neufs et très différents entre eux. Cette année, l’un d’eux est celui du Chilien Thomas Woodroffe dont le premier long-métrage, Bloques erráticos, est une des propositions les plus radicales, uniques et stimulantes de la sélection.
Le film, ou poème audiovisuel, ou essai philosophique sur la décolonisation (car ce travail de Woodroffe est un peu tout cela), s’articule autour de la figure du géographe français Paul Castelnau, un explorateur qui a parcouru, en 1925, la région de la Terre de Feu pour documenter les us et coutumes de ses habitants. Dans Bloque erráticos, le fantôme de cet homme sort de sa léthargie et vient habiter le corps d’un technicien de maintenance incarné par Denis Lavant, venu réparer la climatisation d’archives cinématographiques où se trouvent les images tournées par Castelnau.
Avec cette manière mystérieuse de voyager qu’ont les fantômes, on est alors entraîné dans un parcours à travers les paysages fascinants de la Terre de Feu, guidé tout du long par la voix envoûtante de Lavant-Castelnau, qui égrène des réflexions passées, présentes et futures sur les idées que ces paysages et ses habitants éveillent dans sa mémoire. Il faut certes reconnaître que ce travail de Woodroffe est un film exigeant qui demande de l’attention et la participation du spectateur. Il est probable que ce trait l’éloignera du très grand public, mais il l’est tout autant que pour un bon nombre de cinéphiles, cette particularité en fera une œuvre précieuse.
De plus, du fait de la force esthétique des images et des sons qui déambulent à l’écran, et de la rigueur intellectuelle et poétique du discours du narrateur, le film gagne encore en valeur pour le jeu métacinématographique qui s’y établit. Le fantôme de Castelnau découvre que son travail gît là, abandonné dans un placard au sous-sol et que vu du présent, le regard qu’on pose sur le géographe n’a rien de bienveillant. En sauvant son travail de l’oubli, Woodroffe semble vouloir réfléchir sur la transcendance de la création artistique et cinématographique, mais aussi sur son côté transitoire et sa fragilité face au passage implacable du temps.
En s’intéressant à la figure de Castelnau, on n’a pas l’impression que le cinéaste chilien cherche à lui rendre hommage, mais son intention n’est pas non plus de le vilipender. Woodroff se montre compréhensif et, d’une certaine manière, empathique par rapport à son travail, ce qui ne veut pas dire que le film n’est pas critique et omette d’essayer de remettre un peu les choses à leur place. Au bout du compte, les vrais héros sont les êtres humains qui sont passés devant l’objectif du voyageur français pendant le premier quart du siècle dernier, un univers humain que Castelnau, aveuglé par ses préjugés et son sentiment de supériorité, n’a pas été capable de comprendre dans toute sa richesse et sa complexité et que Bloques erráticos éclaire d’un jour nouveau, une lumière qui pourrait annoncer l’imminence d’un futur davantage porteur d’espoir.
Bloques erráticos a été produit par Fiebre (Chili), La Belle Affaire Productions et Un Puma (Argentine). Les ventes internationales du film sont assurées par MPM Premium.
(Traduit de l'espagnol)
Galerie de photo 23/09/2026 : San Sebastian 2026 - Erratics
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