SAN SEBASTIÁN 2026 Compétition
Critique : 7h40 ce matin-là
par Fabien Lemercier
- Nicole Garcia vise juste avec un film porté par une Marion Cotillard brillant d’un sombre éclat en mère tentant de se rapprocher d’un fils qu’elle n’a quasiment jamais connu

"Malheur aux vaincus !" Les idéaux de jeunesse doivent-ils être définitivement enterrés ? Peut-on rattraper le temps perdu, renouer des liens et réparer l’absence ? "Vous vous souvenez de vos 20 ans" ? Ce sont les cicatrices et les lourds secrets du passé que Nicole Garcia a décidé d’explorer dans son nouveau film, l’âpre et habile 7h40 ce matin-là, présenté en compétition au 74e Festival de San Sebastián.
Tout commence dans la nuit, dans un bus sillonnant la France profonde et déposant une femme dans la grisaille de Romans-sur-Isère. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Que cherche-t-elle ? Les clés et les réponses à ces questions seront délivrées très progressivement, au fil d’un excellent scénario (écrit par la réalisatrice française en collaboration avec Olivier Demangel et Laurette Polmanss) jouant subtilement avec la surface et la profondeur au cœur d’un petit cercle de personnages pris dans une toile de fatalité tissée 19 ans auparavant.
"Je ne te vois pas avoir peur. Je me dis que tu devrais être ailleurs." Embauchée dans une cafétéria locale, Alice (Marion Cotillard dans l’un de ses meilleurs rôles), qui prétend avoir vécu au Québec, se révèle en réalité une ancienne taularde, en liberté conditionnelle après 15 années d’incarcération. Son seul but ? Revoir son fils Milo (le charismatique et crédible Théodore Pellerin) qui avait quatre ans lorsqu’elle a totalement disparu de sa vie et qui a été ensuite adopté (par Laure Calamy) au terme de plusieurs séjours en foyer. Mais comment l’approcher, lui expliquer, se libérer de la culpabilité et de la honte ? Et comment réagira le jeune homme qui a sa propre vie de mécanicien, des projets d’avenir, une famille d’adoption et une autre autour de laquelle il gravite, attiré par sa richesse et entrainé dans des affaires louches par Joseph (Alexis Manenti) ? Alors, Alice observe et, sans se dévoiler, apprend à connaître Milo…
Construit sur une sorte de double investigation (celle de la mère sur son fils et celle du spectateur sur le passé d’extrême-gauche révolutionnaire de la protagoniste), 7h40 ce matin-là réussit à rester centré sur le nœud intime et touchant liant les deux personnages principaux, tout en distillant et en tressant beaucoup d’éléments collatéraux passionnants (le prix payé par une génération de la fin des années 80 dont les idéaux ont dérivé jusqu’à la violence contre l’État, les barrières entre les classes sociales, la définition de la maternité et de l’appartenance familiale). Captant avec justesse l’atmosphère impersonnelle des zones périphériques des petites villes de province grâce à un joli travail du chef-opérateur belge Yves Cape, le film restitue parfaitement l’entre-deux dont les multiples échos nourrissent son récit, et trouve le bon équilibre d’un mélodrame extrêmement contenu (et à raison) au croisement de la fiction (avec quelques parfums de cinéma de genre et une jolie musique signée Amine Bouhafa) et du réalisme social un brin mélancolique, comme le suggère une citation des Fleurs du mal de Baudelaire glissée dans la narration : "Goûter, en regrettant l'été blanc et torride, de l'arrière-saison le rayon jaune et doux !"
7h40 ce matin-là a été produit par Les Productions du Trésor et coproduit par France 3 Cinéma, StudioCanal (qui pilote les ventes internationales), Marcel Films, Les Films Pelléas et la société belge Artémis Production.
Galerie de photo 24/09/2024 : San Sebastian 2026 - 7h40 ce matin-là
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