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SAINT-JEAN-DE-LUZ 2026

Critique : Beaux Seigneurs

par 

- Maxime Roy délivre une tragicomédie oscillant joyeusement entre âpre réalisme social et film rocambolesque de braquage dans le sillage de trois attachants pieds nickelés

Critique : Beaux Seigneurs
Anthony Bajon, Olivier Gourmet et Ella Benoit dans Beaux Seigneurs

"C’est Dostoïevski qui m’a donné l’idée." C’est dans une France provinciale urbaine de grisaille et dans la roue de trois âmes en peine rêvant de liberté et solidaires dans leurs existences de galère à contre-courant de la "normalité", que s’est propulsé Maxime Roy avec son second long métrage, Beaux Seigneurs, dévoilé en première mondiale en compétition au 13e Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz. Un nouvel opus avec lequel le cinéaste français continue à tracer sa route dans le sillon âpre de la marginalité initié avec Les Héroïques (apprécié en séance spéciale de la Sélection officielle à Cannes en 2021), mais en y ajoutant cette fois un peu de sucre avec une tonalité de comédie et un fil conducteur de film de genre.

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"Ça s’appelle une prise d’otage, ton truc ? – On fait semblant, on crée du lien entre eux, c’est du social." Amis comme deux bouées en perdition se raccrochant l’une à l’autre et partageant des jours et des nuits d’ivresse sans horizon, le jeune trentenaire Vincent (Anthony Bajon), épris de littérature (de l’Anthologie de la poésie française à Surveiller et punir de Michel Foucault), et le quinquagénaire Gaby (Olivier Gourmet) qui ne quitte jamais son vieux blouson clouté de rockeur, échafaudent un plan pour s’extraire des ennuis (30 000 euros de dettes à rembourser en 15 jours sous peine de violentes représailles) dans lesquels les a plongés une idée de l’humaniste Vincent (libérer des centaines des poulets en batterie).

Les voilà donc décidés à braquer un fourgon de convoyage de fonds dont le chef d’équipe a de profonds problèmes de communication avec son fils de 17 ans sur lesquels il s’est épanché au zinc auprès de Vincent. D’où l’idée de réconcilier le père et le fils en enlevant le second pour obliger le premier à ouvrir le fourgon et pouvoir ainsi s’emparer du magot. Un projet abracadabrant dans lequel le duo de bras cassés embarque Avril (Ella Benoit), une copine tout aussi paumée qu’eux. Mais comme le souligne une chanson entendue dans un bar par nos trois anti-héros : "si tu croises une autre âme en peine, surtout ne la suis pas, elles sont pires que les sirènes". Donc l’affaire est très loin d’être gagnée d’avance…

Centré sur des personnages "dans l’impossibilité d’être au monde" et noué dans un esprit anarcho-libertaire ("on ne dit pas voler, on dit libérer", "qui on vole quand on braque un fourgon ? – Les banques – Qui sont remboursées par les assurances, donc on ne fait de mal à personne") empreint de tristesse ambiante (solitude, "loosers", mauvais karmas familiaux, quotidien à la limite de la misère, vie économique ardue des classes populaires, etc.), Beaux Seigneurs métamorphose le plomb en or par la grâce de l’amitié de trois excellents interprètes et d’une très sympathique comédie rocambolesque à l’italienne, épicée d’un zest de western. Un Heat du pauvre bien rythmé, joyeux, sans prétention (dans le bon sens du terme) mais nourri d’une indéniable authenticité sociale jamais ostentatoire, et qui est emballé dans un bon esprit : "je crois que tous les hommes du monde ont un peu d’amour en eux".

Beaux Seigneurs est produit par Marianne Productions et TS Productions, et coproduit par Rhône-Alpes-Auvergne Cinéma et par la société belge Les Films du Fleuve. Best Friend Forever pilote les ventes internationales.

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