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SAINT-JEAN-DE-LUZ 2026

Critique : Chercheurs

par 

- Le dynamique premier long d’Aurélien Peilloux lève le voile en fiction sur les coulisses impitoyables de la recherche universitaire liée à l’industrie pharmaceutique

Critique : Chercheurs
Galatéa Bellugi et Stefan Crepon dans Chercheurs

"Tu es prête à sacrifier ta vie pour la science ?" Molécules, spectromètre, taux de sérotonine, synthèse, dérivés, effets secondaires, coût de fabrication, publications honorifiques, ambitions et pressions : c’est au cœur d’un laboratoire de l'École de physique et chimie de Paris (où une plaque rappelle la découverte du radium par Marie Curie) et dans le sillage d’une nouvelle arrivante thésarde pleine de rêves de découvertes et de bonne volonté qu’Aurélien Peilloux a planté le décor principal de son attrayant premier long métrage, Chercheurs, dévoilé en compétition et en première mondiale au 13e Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz. Un univers que le cinéaste connait parfaitement pour y avoir exercé avant de céder aux sirènes du 7e art et dont il reconstitue avec justesse les arcanes et les enjeux en les adaptant (un scénario co-écrit avec Olivier Gorce) à une échelle humaine d’une très efficace simplicité.

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"Il y a 350 millions de dépressifs dans le monde. On les soigne ou on continue à blablater ?" Débarquant de province dans le laboratoire parisien dirigé par Anne Riesler (Emmanuelle Devos), la solitaire et gentille Agathe (Galatéa Bellugi) est imposée ("un peu de parité, c’est bon pour les commissions de financement") auprès de Charles (Stefan Crepon), un jeune chercheur chargé d’orchestrer la phase d’essais cliniques du Terastène, un nouvel anti-dépresseur très prometteur. Accueillie plus que fraichement ("tu ne fais rien, tu regardes", "on ne se mélange pas"), la très intuitive Agathe découvre bientôt une nouvelle voie de synthèse de la molécule qui pourrait diviser par cinq les coûts de production du groupe pharmaceutique allemand partenaire de cette recherche. Mais les délais pour faire aboutir l’expérience sont courts et la pression monte avec la peur de l’échec, le désir de se valoriser et de s’ouvrir un avenir radieux, l’obnubilation professionnelle, la politique de la carotte et du bâton de la directrice d’un laboratoire qui joue sa survie économique, les jalousies, etc. Quel sens Agathe donnera-t-elle à tout cela et à son existence ?

Dosant parfaitement les ingrédients d’un récit multimodal, intelligent et très bien documenté, habilement distillé à la portée du premier spectateur non-scientifique venu, Chercheurs impose un tempo rapide, ancré au plus près de son attachant personnage principal aux prises avec des sentiments ambivalents et les effets secondaires de sa quête scientifique ("l’essentiel c’est que la recherche avance"). Très solidement interprété, le film s’inscrit dans cette veine plutôt passionnante d’un jeune cinéma français tentant de se réinventer en se confrontant de manière dynamique et accessible à des environnements professionnels complexes comme l’avait fait par exemple Le Théorème de Marguerite avec les mathématiques. Une synthèse réussie par Aurélien Peilloux qui passe avec "mention très bien" le test du premier long et dont on guettera avec beaucoup de curiosité la prochaine expérience.

Chercheurs est produit par Delante Productions et par Melocoton Films, et coproduit par France 3 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma et la société belge Beside Productions, et France tv distribution pilote les ventes internationales. La sortie dans les salles françaises sera assurée par Memento le 6 janvier 2027.

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