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Dossier industrie: Produire - Coproduire...

Soutien européen aux pays tiers (2007), World Cinema Fund

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Soutien européen aux pays tiers (2007), World Cinema Fund

- Que peuvent améliorer les Européens dans leur soutien aux cinémas du sud ? Compte rendu de la table ronde organisé par le World Cinema Fund dans le cadre de la Berlinale 2007.

Vincenzo Bugno (Co-Directeur du World Cinema Fund): “Soutenir le cinéma des pays en voie de développement : contenu, financement, public, faisons-nous bien ce qu’il faut ?” Après deux ans d’activités, les résultats du WCF sont assez intéressants. Mais dans ce débat nous voudrions parler de stratégies. La question assez sérieuse que nous nous posons est : comment améliorer notre travail ?

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Salif Traoré (réalisateur) : je dois dire qu’au Mali in n’existe pas d’industrie cinématographie. Aucun film n’avait été tourné depuis 2001 avant que Sissako ne fasse Bamako en 2006. A la fin 2006, j’ai réalisé moi-même Faro, déesse de l’eau. Tous les soutiens financiers dont j’ai bénéficié sont venus de l’étranger. Je n’ai reçu dans mon pays qu’un soutien logistique. Ce qui ne veut pas dire que le Mali ne veut pas soutenir le cinéma mais je suppose qu’il y a d’autres priorités comme la santé et l’éducation… avant le cinéma.
Dans tout le pays il n’y a qu’une seule salle de cinéma moderne, le Babemba dans la capitale. Ceci explique l’impossibilité de montrer des films africains sur le continent noir. Donc pour nous le WCF est une aide absolument cruciale. Sans l’apport de tels fonds, il n’y aurait pas du tout de films maliens. Et si je reviens à ce que Dieter Kosslick a dit concernant des critiques allemands qui parlaient de néocolonialisme, je pense qu’il ne faut pas y accorder trop de considération. Quand tant d’argent a été donné après le Tsunami, personne n’a parlé de néocolonialisme. Ce devrait être la même chose avec notre cinéma.

Viola Shafik (filmologue) : Je vais jouer l’avocate du diable. Bien évidemment, je voudrais insister sur les bonnes intentions de fonds tel que le WCF, mais le chemin qui mène en enfer est toujours pavé de bonnes intentions, c’est bien le problème !
Aujourd’hui, le cinéma arabe est divisé en deux catégories : la première est constituée du cinéma commercial principalement originaire d’Egypte ou du Maroc, alors que l’autre partie est faite de films financés par l’Europe. A la décolonisation, il y a eu des tentatives de la part des pays arabes de devenir indépendants aussi dans la production cinématographique et de créer des institutions nationales. Mais nous pouvons constaté l’échec de ces tentatives et aujourd’hui le cinéma arabe est largement dépendant des financements européens.
Quels en sont les conséquences et qu’est-ce que cela signifie ? Prenons l’exemple tunisien. En ce moment les films tunisiens ont le chance de pouvoir compter sur des subventions nationales correspondant à environ 35% du budget. Cependant, 50% des films produits dans les années 90 ont été entièrement financés par de l’argent européen. Ces films ont principalement été distribués à l’étranger alors que la Tunisie possède un public cinéphile pour les films d’auteurs.
Ce qui s’est passé dans les films tunisiens financés par les pays européens, c’est une forte codification des sujets de films. Les films qui ont été faits traitaient d’abord de solitude et d’inégalités des genres, des femmes dans l’Islam. Un sujet spectaculaire lié au colonialisme. Pendant les années 90, la violation des droits de l’homme a été si forte en Tunisie que le gouvernement tunisien était en fait assez satisfait que des films qui parlent de liberté soient produits dans le pays. C’était une façon de donner une meilleure image du régime à l’étranger.
La conjugaison de facteurs internes et des fonds européens ont permis de constitué un corpus de films tunisiens qui sont complètement centrés sur ce sujet et utilisés comme miroir de la société arabe. Mais quand vous analysez ces films, vous constatez que la plupart d’entre eux sont orientés vers le passé, qu’ils sont « naturalistes. »
Ceci constitue la première partie du problème : la quasi complète séparation entre le public local et les films produits, et leur rôle de commodité offert à l’Occident.

Le second élément que je voudrais aborder se réfère à ce que Sonja Heinen a dit précédemment : le WCF veut permettre au public allemand de voir le reste du monde. J’ai parlé à plusieurs personnes au cours du festival et j’en conclu que ce soutien aux distributeurs allemands est crucial. Etant donné que ces films ne sont pas distribués chez eux mais qu’ils le sont en Europe il est essentiel d’accompagner ces films afin d’éviter tout malentendu autour de ces coproductions avec l’Europe qui peuvent être utilisées pour reproduire une image orientaliste du Sud.
La question est également incluse dans la façon dont votre fonds fonctionne : est-ce que vous soutenez des films exotiques, fétichisant le soit-disant « autre », ou est-ce que vous soutenez des films qui ouvrent véritablement des portes et vont au-delà des clichés ?

Dernière chose : le cinéma a développé, à côté de Bollywood, ce qu’ils appellent le « cinéma du milieu », qu’est-ce donc ? Le cinéma du milieu est un cinéma engagé socialement, avec aussi des prétentions artistiques mais sans se revendiquer du cinéma d’auteur ou art-et-essai qui voudrait n’être vu que dans les banlieues bourgeoises. Le cinéma du milieu s’adresse à un public plus large. C’est une tendance que nous pouvons aussi observer en Egypte. C’est une sorte de carrefour entre des films grand public et des sujets plus intéressants. Par conséquent, dans votre politique de soutien, il serait bon de soutenir aussi le cinéma du milieu dans sa tentative d’être une passerelle entre le public local et des sujets plus profonds, au même titre que vous soutenez des films art-et-essai.

Peace Marie Anyiam-Fiberesima (Présidente de l’African Movie Academy Award/Productrice): bon, l’expérience nigériane est différente. Nous avons 140 million d’habitants recensés mais on pourrait bien être plus proche des 200 millions. Nous sommes aussi très dynamique dans notre style de faire des films. Il y a environ 15 ans, les Nigérians ne faisaient pas de films. Ils ont commencé avec les premières caméra VHS et maintenant en DV. Lors des dix dernières années nous avons été accusés de produire près de 20.000 films vidéos. Ces films ont-ils un marché ? Oui ! Est-ce que les gens les regardent? Oui! Pourquoi? Pour une simple raison: ces films racontent des histoires africaines de la façon dont les Africains se voient eux-mêmes. Je pense que c’est le facteur déterminant pourquoi nos films marchent.
Concernant les soutiens et en observant ce que cela a produit pour les films africains francophones, 95% de ces films ne sont pas vus en Afrique. Ils parcourent les festivals, ils sont beaux, mais quel impact ont-ils sur la culture cinématographique locale ? Quel rôle jouent-ils pour le cinéma africain ? Comme l’a dit Salif Traoré, il n’y a quasiment plus de salles en Afrique. En fait, au dernier décompte, dans tout le continent africain il y a moins de 100 salles fonctionnant correctement.
Par conséquent, vous comprenez que la façon dont les Nigérians distribuent les films, directement en home video sur DVD ou VCD, marche en Afrique. C’est pourquoi nous avons un taux d’exportation important pour les films nigérians car nous exportons beaucoup de nos films en Afrique et vers les diasporas africaines. Et ceci explique que d’autres pays africains nous copient à présent.

Quand je réfléchis au soutien et à ce qu’il peut nous apporter, je pense à la plainte de beaucoup de personnes concernant la qualité technique de nos films, notre style de réalisation. Donc je pourrais imaginer plus de soutien dans l’enseignement du savoir-faire technique pour notre jeune génération qui n’a reçu aucune formation structurée pour apprendre à faire un film. Mais la question n’est pas de faire des films comme le font les Européens car nous devons conserver notre style pour parler à notre public.
Un distributeur nigérian a mené une expérience l’an passé. Il a baissé le prix du film à moins de un dollar pour la home video alors que normalement nous vendons les films pour entre 2 et 3 dollars. Il a décidé de bouleverser le marché en inondant les rues de Lagos. Il en a vendu un million en 3 mois ! Cela lui a rapporté environ 1,2 million de dollars, dont certainement 30% on du couvrir les frais de copies du film, et il a gagné de l’argent ! Et maintenant le film s’exporte. Nous avons aussi une culture des stars avec des acteurs hyper célèbres.
Le soutien à l’Afrique doit vraiment regarder les aspects techniques et comment il peut aider à construire sur les paramètres auxquels nous avons à faire en tant qu’Africains, les problèmes structurels, et surtout, laissez nous raconter nos histoires avec nos propres mots et pas ceux que vous voudriez entendre. Si par exemple il y avait des remakes de films nigérians réalisés avec une bonne qualité technique qui pourraient être projetés dans les salles européennes, alors vous verriez un autre côté de l’Afrique.
Par conséquent, il y a un rôle pour des fonds tels que le WCF mais leur soutien pourrait commencer avec un marché stratégique comme le Nigeria. Nous ne cherchons pas vraiment de fonds extérieurs car nous savons tourner des films en numérique pour un très faible budget et parce que nous avons déjà un public. Les films que vous pensez qui devraient se vendre ici en Europe ne marcheraient pas en Afrique. Parce qu’ils ne conviennent pas au public. Parfois j’ai produit de beaux longs métrages ou bien de jeunes producteurs font leurs styles de films pour moi, les leurs se vendent mieux que les miens. Parce que le public veut voir leurs genres de films auxquels ils adhèrent.
Il y a eu quelques films en 35mm tournés au Nigeria mais ils ont été des échecs commerciaux retentissants et personne ne les a vus… Les réalisateurs qui ont un nom dans les festivals n’en ont en fait aucun en Afrique.

Derek Elley (critique): je viens de la critique et j’ai donc passé près de 30 ans à sillonner les festivals autour du monde, à écrire sur des films et l’économie du cinéma. Et j’ai un problème de plus en plus grand avec les fonds de soutien. Il semble qu’ils existent uniquement pour nourrir cette monstrueuse machine qu’est devenue le circuit des festivals internationaux. On en discute chaque année dans des panels comme celui-ci à Berlin, Locarno ou Cannes, et cela devient pourtant de plus en plus gros…
Soyons honnêtes, plusieurs de ces fonds sont développés avec les meilleures intentions mais en fin de compte, surtout les fonds européens, ils offrent beaucoup de voyages gratuits aux réalisateurs, ils produisent beaucoup d’emplois bureaucratiques, et ils aident à alimenter de petits distributeurs d’art-et-essai en Occident. Mais ils font finalement peu pour les pays d’origine de ses films. Bien sûr je généralise mais plusieurs réalisateurs célèbres en festivals n’ont en fait aucun public chez eux comme Peace l’a expliqué.
Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux apporter un soutien technique comme Peace l’a suggéré et mettre de côté l’aspect artistique qui entraîne tout un tas de problème politiques et sociaux ? Et n’oublions pas qu’une industrie cinématographique n’est pas un droit divin, elle se développe à partir d’un besoin économique ou du public.
Et enfin, en dehors de financer la technique, vous pourriez ne fonctionner que comme un bureau de liaison plutôt que comme une entité de financement. Car en fin de compte, sauf pour de très pauvres pays, je ne pense pas que 50.000€ fassent une grande différence…

 

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