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Dossier industrie: Numérique

De la distribution analogique à la distribution numérique

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De la distribution analogique à la distribution numérique

- En 1989, Daniel Goudineau est nommé Directeur des programmes audiovisuels au Centre National de la Cinématographie, puis Directeur Général adjoint du CNC en 1996. Directeur Général délégué de France 5 en 2000, il en devient Directeur Général en 2004. Depuis juillet 2006, Daniel Goudineau est Directeur Général de France 3 Cinéma.

Quelles vont être les conséquences du passage de la projection en 35 mm au numérique ?
Je pense que l’on peut parler d’une révolution, d’un choc psychologique et d’un choc économique. Mais il convient d’être prêt à le subir et pour cela prendre des précautions. C’est aussi la porte ouverte à des grandes sociétés qui pourraient englober tout le segment technique, et donc constituer un danger.

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Quels sont les enjeux les plus importants ?
Le moteur de la révolution numérique ce sera l’économie de copies. La copie tendra vers un coût zéro. Aujourd’hui une copie coûte entre 1000 et 1500 €, on peut raisonnablement penser que le coût approchera les 300€, donc une économie substantielle qu’on peut déjà chiffrer. Aux Etats Unis, on estime que cela va représenter entre 10 millions d’euros d’économie par film.

Quels sont les véritables dangers de cette révolution numérique ?
Le risque réside dans le fait que les décisions ne sont plus prises forcement par les exploitants de cinéma puisque les projections pourront se faire depuis Londres ou Burbank.

Combien de temps va prendre cette mutation ?
Je considère qu’il faudra entre 10 et 15 ans pour passer du 35 mm au tout numérique. Pour l’instant sur les 165.000 salles de projections dans le monde, moins de 2% sont équipées en numérique. Entre les Etats-Unis (avec un parc de 36.000 salles) et l’Europe (30.000 salles), on doit en être actuellement à 3% de salles équipées en projection numérique. Donc on peut considérer que nous sommes au début de cette révolution numérique. La mutation reste expérimentale, avec des avancées significatives et des freins qui temporisent le processus.

Donc on s’achemine vers une période de coexistence ?
En effet, ça va être difficile de s’adapter pour les distributeurs et surtout les exploitants. On peut imaginer un cas de figure où le film est numérique et les pubs et les bandes annonces restent en 35 mm. Un vrai casse tête !

Quels sont les réels avantages du numérique ?
Tout d’abord il y aura la possibilité de programmer des films jamais présentés, ce qui constitue un véritable avantage.
Pour les films d’animation et à grands spectacles, produits et post produits en numérique l’avantage de qualité est indéniable. Il existe aussi la possibilité de projection de films en 3D, en relief, donc un marché potentiel pour certains films, comme le denier Tim Burton visible avec ces fameuses lunettes de polarisation. On peut aussi mettre plusieurs versions de langues différentes sur la même cartouche numérique, ce qui représente une ouverture sur des marchés extrêmement importants comme l’Inde ou la Chine. Enfin, la projection numérique garantit la qualité de l’exploitation d’un film et la stabilité de cette qualité du premier au dernier jour d’exploitation.

Quel est l’esprit général de votre rapport ?
Notre préoccupation est de prendre des précautions, et de savoir ce que l’on doit faire pour que cette mutation se déroule bien. Pour cela je pense qu’il faut insister sur plusieurs facteurs. A commencer par l’universalité, en clair tous les films pourront être projetés dans toutes les salles, sinon le risque est de déboucher sur 2 niveaux techniques mais aussi qualitatifs de réseaux de salles. Ensuite, il faut veiller à une transparence économique, personne dans la chaîne d’exploitation ne doit prendre le monopole du processus du cinéma. Il faut maintenir une maîtrise territoriale de prise de décision pour les projections. Enfin, pour que cette révolution numérique se passe en douceur, une solidarité doit s’instaurer entre exploitants et distributeurs pour supporter le coût de ce changement.

Que préconisez-vous ?
Nous avons plusieurs options à mettre en pratique, techniques, stratégiques et économiques. Au point de vue technique, nous devons garder une norme universelle pour la projection en numérique, le 2K. Cette norme universelle reprend le nombre de pixels, le cadencement des images les intensités de contrastes, ainsi que la compression. L’idée générale étant d’avoir des matériels compatibles et donc universels.
En ce qui concerne la stratégie à développer, avant tout pour une projection numérique, il faut des films numériques, avec étalonnage et transfert de copie en numérique. A cet égard, je pense que cette dépense doit incomber aux producteurs et pas aux distributeurs ni aux exploitants. On peut imaginer des Aides de la Commission européenne pour ce secteur, car sinon il n’y aura que des films américains et des grosses productions européennes à être projetés en numérique.
Autre question importante, celle de la sécurité. La livraison du film aux exploitants se fait avec un fichier illisible, sans une clé de lecture livrée séparément sur une clé USB par exemple. Sur cette clé de lecture, on retrouve les codes informatiques d’identification du film ainsi que des éléments contractuels (nombre de projections, sur quelle période, à quel rythme, …). Une clé de lecture qui fera aussi office de vérification, puisque ce sera un historique informatique de la projection du film.
Le grand challenge est de trouver un modèle économique viable pour l’Europe. En clair, trouver un équilibre économique sur l’ensemble du parc de salles. Pour l’instant le seul modèle qui existe est le modèle américain, mais il me parait difficile de transposer ce schéma pour nous. C’est d’autant plus difficile car pour l’instant, il est impossible de chiffrer avec garantie le coût de cette révolution numérique. Les premières estimations parlent de +/- 50.000 € pour le projecteur et le serveur informatique, à cela se rajoute les aménagements des salles, et l’entretien et la maintenance qui sont un peu plus chers, +/- 200€ par mois.
Et du côté des recettes, on a d’abord évidemment l’économie sur les copies, peut-être aussi des projections alternatives comme des retransmissions sportives, des concerts ou d’autres productions audiovisuelles et le rentrées publicitaires.
En conclusion, pour cette période intermédiaire entre 35 mm et numérique, il faut que les états jouent leur rôle de surveillance, mais pas de financement. Les investissements doivent provenir des acteurs : les producteurs, les équipementiers, les distributeurs et les exploitants. Le risque majeur étant de fragiliser les petits distributeurs et les réseaux de petites salles.

Master Potsdam, Allemagne, Novembre 2007

 

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