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Dossier industrie: Focus: Amérique du Nord

Le juste milieu

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- Selon le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec, 2011 a été une année record pour les tournages étrangers au Québec, avec des retombées directes de 235 millions de dollars pour une douzaine de longs métrages et de téléséries (dont Mirror, Mirror, sur Blanche-Neige, avec Julia Roberts).

Une mégaproduction de plus ou de moins peut faire la différence entre une mauvaise année, une bonne année et une année exceptionnelle. Dans les circonstances, 2012 commence plutôt bien.

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Lundi, le tournage de Riddick 3, troisième film de la série de science-fiction mettant en vedette Vin Diesel, doit s’amorcer, après plusieurs mois d’incertitude. La production indépendante, dotée d’un budget de 38 millions, s’était interrompue il y a un mois en raison de problèmes dans le montage financier. Une industrie imprévisible, que je disais...

Jeudi, Mike Drake, l’un des producteurs de Riddick 3, qui, à 40 ans, a déjà 26 films hollywoodiens à son actif, était l’invité d’un déjeuner-causerie du Bureau du cinéma et de la télévision. Le producteur a lancé sa carrière avec The Whole Nine Yards, mettant en vedette Bruce Willis, tourné à Montréal au printemps 1999. «L’intrigue était campée à Montréal, ce qui est rare pour un film hollywoodien, dit-il. On a pris Miami, dans le scénario, et on l’a transformé en Montréal.»

Habitué de Montréal, Mike Drake vante sa beauté, la qualité de sa main-d’oeuvre et de ses infrastructures. «Les techniciens québécois ont un côté créatif qui est moins évident à Hollywood. Ce sont des artisans, dit-il. Montréal a l’avantage d’avoir à la fois de vieux et de nouveaux bâtiments, contrairement à Toronto ou Vancouver, qui ont beaucoup moins d’édifices patrimoniaux. On peut recréer bien d’autres lieux dans ce décor.»

Le producteur a tourné dans la métropole des films tels que Source Code ou Driven (avec Sylvester Stallone), sur la course automobile, en faisant passer Montréal pour Chicago. «Pour Driven, la Ville nous a permis de fermer le tunnel Ville-Marie pendant trois soirs, dit-il. Ce n’est pas quelque chose qui se fait facilement ailleurs.» En effet...

Il a beau chanter les louanges de nos équipes de tournage, de nos studios et de notre joie de vivre, Mike Drake produit surtout des films à Montréal parce que c’est moins cher qu’ailleurs. Durant la rencontre, il a dû prononcer les mots «rabais», «crédits» et «impôts» 20 fois.

C’est en 1994 que le Canada a commencé à courtiser les producteurs étrangers avec des crédits d’impôt qui, cumulés au dollar faible de l’époque, ont permis aux studios américains d’économiser jusqu’au tiers de leur budget sur certains films. Les producteurs peuvent déduire à des fins fiscales une grande partie de leurs dépenses, un argument autrement plus favorable aux tournages étrangers à Montréal que la présence de techniciens qualifiés ou le charme unique d’une architecture vaguement européenne.

«Les crédits d’impôt sont essentiels, reconnaît Mike Drake. Le Canada a créé cette pratique, qui s’est répandue depuis. Avec la récente parité du dollar, on a trouvé chez vous d’autres façons de nous attirer, heureusement.»

L’une de ces nouvelles mesures d’incitation est le crédit d’impôt de 20% également consenti au Québec, depuis 2009, pour les effets visuels. Une société montréalaise, Mokko, réalise d’ailleurs les effets visuels pour Riddick 3, dont le tournage était d’abord prévu en Nouvelle-Zélande, puis en Saskatchewan, avant d’aboutir à Montréal.

«Il y a 10 ans, presque aucun État américain ne proposait des crédits d’impôt. Aujourd’hui, plus de 40 le font, dit Ronald Gilbert, du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec. Il est important de rester concurrentiel. Pas seulement en Amérique du Nord, mais dans le monde.»

Pour maintenir cet avantage, en plus de tous les avantages fiscaux consentis pour attirer les productions étrangères au Québec, il faut aussi qu’il y ait les ressources techniques disponibles, estime Mike Drake. Lorsque trop de tournages ont lieu en même temps, l’industrie québécoise ne peut tout absorber, en raison de la capacité restreinte de ses studios et de la disponibilité de ses équipes techniques.

C’est un réel défi pour Montréal, croit le producteur, qui dit s’être parfois tourné vers Toronto pour des raisons d’indisponibilité des équipes et des studios montréalais. Mike Drake conseille également à l’industrie du cinéma québécois de réinvestir dans ses infrastructures et de s’assurer d’une plus grande présence à Los Angeles si elle souhaite continuer d’attirer des tournages étrangers.

Ce qui risque à court terme d’être une épine dans le pied du Québec, croit Mike Drake, ce sont les négociations de tarifs des techniciens et la «menace» de syndicalisation des artistes spécialisés dans les effets visuels. «Les demandes de certains groupes créent de l’insécurité», dit le producteur, qui se défend d’être antisyndicaliste. À l’entendre, on a pourtant un doute...

L’année où Mike Drake a tourné son premier film à Montréal, j’ai réalisé une série de reportages sur les tournages étrangers à Montréal. Le Technoparc (les studios Mel’s), construit au coût de 24 millions, avait été inauguré quelques mois plus tôt, à l’été 1999, dans un terrain vague vendu au rabais par la Ville de Montréal.

On tournait à l’époque à Montréal The Score de Frank Oz, avec Marlon Brando, Robert DeNiro et Edward Norton (campé à Montréal), Pluto Nash, un navet mettant en vedette Eddie Murphy, et un autre four mémorable, Battlefield Earth, avec John Travolta. Beaucoup de films médiocres qui avaient au moins le mérite de créer de l’emploi.

À l’époque, les syndicats de techniciens se battaient aussi pour faire valoir leurs droits auprès de producteurs étrangers. Treize ans plus tard, après de bonnes et de mauvaises années, Montréal réussit toujours à attirer des tournages, en majorité américains, en créant des conditions favorables.

«Il faut trouver le juste milieu entre ce que l’on offre et ce que l’on en retire», dit avec raison Hans Fraikin, commissaire national du Bureau du cinéma et de la télévision. Continuer d’attirer, soit. Mais pas à n’importe quel prix.

 

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