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Dossier industrie: Focus: Afrique

L’industrie du cinéma tunisien à bout de souffle

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- Quinze mille figurants, près de 300 chameliers et de 600 cavaliers. Un budget de quelque 40 millions d’euros. En huit jours, Mossa, chamelier à Sabria au sourire tendre, assure avoir touché 800 dinars. Pas moins de 100 dinars par jour pour les chameliers tunisiens, entre 30 et 40 dinars pour les figurants.

Outre ces emplois, plus de 7.000 costumes ont notamment été confectionnés pour le film de Jean–Jacques Annaud. Le tournage d’un film fait vivre toute une économie locale : hôtels, restaurants et autres magasins de souvenirs tournent à plein régime. « Les retombées économiques s’élèvent à 15 millions d’euros », soutient Nabil Kila, le directeur de Quinta, la maison-mère LTC qui a produit le film Or Noir en Tunisie. Pourtant, le cinéma peine à s’imposer en Tunisie.

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Pénurie de salles

Alors que le film produit par Tarek Ben Ammar est sorti simultanément en France et en Tunisie, les salles où le projeter se font rares. Quatre, sur un total de douze, depuis la fermeture de l'AfricArt le 30 juin dernier, le diffusent en Tunisie : trois à Tunis et une à Sousse.

« L’absence de marché est une des principales entraves au développement du cinéma », souligne Fathi Kharrat, directeur du service cinéma au ministère de la Culture. Pas de billetterie pour établir des box office. Pas de contrôle au niveau des entrées. Il est possible de pénétrer dans les salles obscures sans débourser les quelques dinars requis.

Un marché dont la légalité est devenu obsolète face à la puissance du piratage. A Tunis, des petites boutiques vendent, au vu et au su de tous, des DVD piratés. Pourtant, « les textes existent. Mais il y a un côté social dans le piratage. La consommation de film existe », se console Fathi Kharrat.

Problème de financement

Un manque de visibilité mais surtout de ressources criant pour la profession. La subvention, sous forme de don du ministère, pour la fabrication d’un film atteint au maximum 600.000 dinars. « Ce n’est pas assez », avoue Fathi Kharrat, ajoutant que certains producteurs ont besoin de plusieurs années pour faire un film, à l’image de Ridha Abay. D’autres producteurs, ou sociétés de production, n’honorent pas leurs engagements et n’arrivent pas à boucler leurs productions. Une vingtaine de boîtes de production est d’ailleurs en litige avec le ministère de la culture, à l’instar de Toza film.

« A part la subvention du ministère, il n’y a pas vraiment d’autres sources de financement en Tunisie », regrette Fathi Kharrat. Le budget du ministère de la Culture alloué à la production s’élève à 4 millions de dinars. Dérisoire, quand on sait qu’il faut en moyenne 1,5 million de dinars pour produire un film en Tunisie. Les chaînes de télévision ne mettent pas la main au portefeuille pour soutenir la production, comme cela se voit en Europe, notamment. «Les régions pourraient également participer au financement, à condition qu’une partie des recettes leur reviennent», propose Renate Roginas, directrice du programme Euromed Audiovisuel III.

Beaucoup d’espoirs ont été placés dans le tout nouveau Centre national de l’image et de l’audiovisuel, créé par décret en septembre. Pourtant, il est loin d’être effectif. Son financement n’est pas encore défini. Un fonds devrait être créé en 2012, « on essaie de le faire passer dans la loi de finances », précise le « monsieur cinéma » du pays. Mais rien de sûr.

« Cette année, la commission d’aide à la production va soutenir 19 courts métrages et 14 longs métrages », explique Khaled Agrebi, le président de cette commission et aussi président du syndicat des producteurs. « Habituellement, ce ne sont que 6 ou 7 longs métrages et au plus, une dizaine de courts métrages qui sont subventionnés », ajoute Fathi Kharrat. Mais cette année, le ministère a reçu pas moins de 108 projets contre une quarantaine auparavant. Cela montre que ce n’est pas la créativité qui fait défaut.

Susciter l’intérêt

Un secteur en berne qui semble difficile à relancer. « Il n’y a pas de marché, ni d’industrie du cinéma en Tunisie », constate Renate Roginas. A ses yeux, pour créer un marché du film, les producteurs doivent « faire le buzz, plus accompagner leur produit et susciter en amont un intérêt ». Susciter l’intérêt passe aussi par la rencontre d’écoliers pour leur donner le goût des salles de cinéma. Fait surprenant en Tunisie: alors que les salles obscures sont le plus souvent désertes, les Journées du cinéma européen, comme celles du cinéma de Carthage attirent les foules. Pour les deuxièmes, pendant neuf jours, entre 200 et 300 films sont programmés. Le coût ? 1,5 million de dinars. Mais dès le lendemain de la clôture de festival, les guichetiers font chou blanc.

« Tout le monde doit faire des efforts pour aider ce secteur. Il faudrait lever les taxes à l’importation du matériel, lever les charges qui pèsent sur les salaires des ouvriers, créer un crédit d’impôt », énumère celle qui « a aidé à relancer le cinéma en Roumanie en 2006 et 2007 ». « Pour cela, de nombreux courts métrages ont participé à des festivals internationaux », raconte Renate Roginas. Depuis, la Roumanie a décroché une Palme d’Or au festival de Cannes (4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu) et un Ours d'argent à Berlin (Katalin Varga [+lire aussi :
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Outre la relance de l’économie locale, cela permettrait aussi de redonner du souffle au tourisme. Car un film permet de parler d’un pays, de sa culture et titille la curiosité.

 

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