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Critique

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La isla mínima: En terre hostile

par 

- Quand une enquête criminelle se fait le portrait fiévreux d'une époque tourmentée et violente. Un film mis en scène avec soin, précision et un bon budget, dévoilé en compétition à San Sebastian

Critique
Jesús Castro et Raúl Arévalo dans La isla mínima

1980 fut une année décisive dans l'histoire de l'Espagne, un pays machiste, en crise (comme aujourd'hui) et bouleversé. À un an de la tentative de coup d'État de Tejero, dans une démocratie trop verte, deux mondes se heurtent, celui du renouveau et l'ancien. Ils cohabitent mal et cet état de faits promet de durer. C'est dans cet espace temporel qu'Alberto Rodríguez situe l'intrigue policière de La isla mínima [+lire aussi :
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, son sixième film, co-écrit avec son fidèle collaborateur Rafael Cobos, qui avait déjà travaillé avec lui sur Groupe d'elite [+lire aussi :
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(Grupo 7), After
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et 7 vierges [+lire aussi :
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Le lieu où se déroule l'action nous est vite présenté : il s'agit des rives du Guadalquivir, une enclave unique, humide et marécageuse où l'on cultive le riz sur des pans de terre parcourus par les chemins, l'eau, les bateaux. Vue du ciel, cette terre ressemble à un puzzle, un univers magnétique où les oiseaux et les hommes sont à égalité. Les plans aériens du film, tournés au moyen de drones et retouchés numériquement, fonctionnent comme des signes de ponctuation dans le récit et dévoilent la mystérieuse beauté d'un paysage qui, en l'occurrence, se pose franchement comme personnage de l'intrigue, ou du moins comme son état d'âme, cette émotion qu'on sent affleurer pendant tout le film.

Dans ce lieu, deux adolescents ont disparu pendant des célébrations locales. Deux policiers sont dépêchés de Madrid pour mener l'enquête : un jeune idéaliste ouvert au renouveau qui va bientôt être père et un vieux de la vieille, qui est bon vivant mais garde des secrets inavouables. Le film reprend clairement l'un des grands ingrédients d'un genre qu'on connaît bien : deux hommes complexes qui ne seraient jamais devenus amis ou compagnons s'ils ne s'étaient retrouvés ensemble en mission, mais qui vont partager beaucoup plus que ce qu'ils n'auraient jamais pu imaginer et qui vont en venir, de perquisitions en interrogatoires, à remettre en question leurs croyances, leurs méthodes et leurs principes. C'est que la frontière entre la légalité et l'illicite est plus facile à franchir que ce que l'on pense, surtout quand il s'agit de capturer un tueur en série.

Comme cette brève description le suggère, La isla mínima évoque ce cinéma américain qu'on aime tant et qui va des atmosphères malsaines de David Fincher, voire de la série True detective, en passant parDavid Lynch, en tant qu'il dresse le tableau d'un microcosme étouffant qui grouille de présences inquiétantes, où des jeunes disparaissent, où les parents et voisins sont souvent les premiers suspects. L'amosphère du film est en effet bien viciée. La corruption, la domination de certains et le fait qu'on ne peut faire confiance à personne dominent cette soi-disant démocratie, qui aurait dû faire souffler un vent de renouveau sur un pays qui, dans tous ses replis isolés, vivait ancré dans quarante ans d'obscurité.

Comme dans Groupe d'élite, Rodríguez fait de nouveau preuve de beaucoup d'aisance dans les scènes d'action rapides sur un terrain difficile. En revanche, on s'identifie difficilement aux personnages. Bien que ce qu'on nous raconte soit quelque chose de très fort, on ne ressent pas vraiment l'émotion correspondante. Les acteurs contribuent aussi à cette faiblesse car le duo principal  Javier Gutiérrez/Raúl Arévalo n'est pas assez trouble pour rendre compte de ces courants souterrains qui, en théorie, animent les personnalités de leurs personnages.

Ceci mis à part, La isla mínima devrait être l'un des grands rendez-vous du cinéma espagnol de cette saison, notamment parce qu'il bénéficie du soutien promotionnel du groupe médiatique auquel appartient Atresmedia Cine, qui a coproduit le film avec Atípica Films et Sacromonte Films.  

galerie photo

titre international : Marshland
titre original : La isla mínima
pays : Espagne
vente à l' étranger : Film Factory Entertainment
année : 2014
réalisation : Alberto Rodríguez
scénario : Alberto Rodríguez, Rafael Cobos
acteurs : Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez, Jesús Carroza, Nerea Barros, Antonio de la Torre

prix/sélections spéciaux

San Sebastián International Festival 2014 
Goyas 2015
Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur (Javier Gutiérrez), Meilleure révélation féminine (Nerea Barros), Meilleur scénario original, Meilleure photographie, Meilleur montage
Beaune International Thriller Film Festival 2015 
cinando

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