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Critique

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The Noonday Witch : les affres de la parentalité

par 

- KARLOVY VARY 2016 : Le long-métrage du Tchèque Jiří Sádek à la frontière entre film d’horreur et drame psychologique se penche sur la condition de parent du point de vue des films de genre

Critique
The Noonday Witch de Jiří Sádek

Le titre tchèque The Noonday Witch [+lire aussi :
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a été sélectionné en compétition dans la section East of the West du Festival international du film de Karlovy Vary, consacrée aux premiers et deuxièmes longs-métrages d’Europe centrale et orientale. Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages récompensés, le cinéaste émergent Jiří Sádek a mis son talent au service de ce projet de long-métrage écrit par Michal Samir, qui a quant à lui débuté avec le film en un seul plan Hany [+lire aussi :
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et fait également partie de la nouvelle génération de cinéastes tchèques à suivre de près. En outre, The Noonday Witch a été produit par Matěj Chlupáček, lequel a terminé de réaliser son premier film, Touchless [+lire aussi :
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, à l’âge de 19 ans, sans même être allé en école de cinéma !

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Le scénario de Samir s’inspire de la ballade du même nom écrite par le célèbre poète romantique tchèque Karel Jaromír Erben, qui développe la frustration d’une mère qui se retrouve seule avec un enfant et un foyer dont elle doit s’occuper. Pour empêcher l’enfant d’être turbulent, la mère essaie de lui faire peur en prétendant que s’il se comporte mal, une entité démoniaque appelée la Sorcière de midi surgira au beau milieu de la journée, lorsque l’horloge sonnera midi pile, pour l’enlever. Samir a étoffé cette idée de départ afin d’en faire un long-métrage, tout en effectuant quelques ajustements de contenu pour que l’histoire soit plus adaptée au public actuel.

Sous un soleil de plomb, Eliška (superbement interprétée par Aňa Geislerová, l’une des actrices tchèques les plus prisées à l’heure actuelle) est de retour dans l’ancienne maison de son mari avec sa jeune fille. Tandis que cette dernière attend que son père rentre à la maison, Eliška fait tout pour empêcher leur condition de s’aggraver de façon irrémédiable, les finances de la famille étant au plus bas. Mais très vite, en plus de laisser les questions de sa fille sur le lieu où se trouve son père sans réponse, Eliška est confrontée à un autre problème : une déséquilibrée mentale vivant dans les environs commence à importuner la famille en parlant constamment d’une force mystérieuse menaçant d’enlever la petite fille.

Sádek et Samir ont remis le poème d’Erben au goût du jour en l’adaptant au thème de la responsabilité émotionnelle et matérielle des parents, un sujet dans l’ère du temps qui met en péril la santé mentale de l’héroïne du film. Grâce à ce long-métrage dans lequel se côtoient plusieurs ambiances, Sádek dépoussière le genre surexploité des films d’horreur et se libère des conventions : par exemple, son choix de faire se développer la terreur en pleine lumière du jour lui permet de renouveler le concept de la maison hantée. Au final, l’histoire va au-delà du récit horrifique et s’apparente en partie à un drame psychologique. L’imagerie cauchemardesque qui entoure la mère et sa fille devient la manifestation externe de l’angoisse existentielle qui grandit en Eliška au fur et à mesure que sa propre vie échappe à son contrôle et que la pression, l’anxiété et la frustration la rapprochent du point de rupture. Le mérite de l’atmosphère insufflée à The Noonday Witch revient aussi en grande partie à Alexander Šurkala, un directeur de la photographie expérimenté qui a tourné ce film en 35 mm et parvient à nous faire vivre une expérience atroce qui gagne progressivement en intensité (ce qui reflète parfaitement l’état d’esprit d’Eliška et la paranoïa toujours plus grande qui l’envahit) à partir de la chaleur omniprésente et des champs baignés de soleil que l’on voit à l’écran.

L’œuvre de Sádek s’inscrit dans une suite de tentatives des réalisateurs tchèques pour redynamiser les films de genre, après Ghoul [+lire aussi :
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(2015), un film d’horreur de Peter Jákl prenant la forme d’une vidéo amateur (une pratique très populaire aux États-Unis), et The Greedy Tiffany [+lire aussi :
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, un film d’horreur indépendant en lo-fi d’Andy Fehu. The Noonday Witch est un parfait alliage de drame et de film de genre qui utilise des éléments d’horreur afin de représenter le prix à payer pour protéger son enfant. Sádek parvient très bien à donner à ce sujet actuel, généralement confiné au réalisme social, un caractère plus fantasmagorique, sans jamais oublier de mettre en valeur l’importance de son thème.

The Noonday Witch a été produit par Chlupáček pour la société tchèque Barletta et coproduit par HBO Europe, Room One Films et RWE.

(Traduit de l'anglais)

galerie photo

titre international : The Noonday Witch
titre original : Polednice
pays : République tchèque
année : 2016
réalisation : Jiří Sádek
scénario : Michal Samir
acteurs : Karolína Lipowská, Daniela Kolárová, Ana Geislerová, Marie Ludvikova

prix/sélections spéciaux

Karlovy Vary International Film Festival 2016 
cinando

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