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Interview : Jean-Stéphane Bron • Réalisateur

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“Un processus de dévoilement”

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- Après Le génie helvétique et les coulisses du Parlement suisse, le réalisateur s’est attaqué à la crise des subprimes avec Cleveland contre Wall Street

Interview : Jean-Stéphane Bron    • Réalisateur

Cineuropa : Quelle a été la genèse de Cleveland contre Wall Street [+lire aussi :
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interview : Jean-Stéphane Bron
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Jean-Stéphane Bron : Bien avant la crise des subprimes, je voulais faire un film sur la finance avec l’intuition que les forces économiques avaient pris le pas sur tout le reste, la politique, l’idéologie, et que quelque chose allait se passer, que ça ne pouvait pas durer. J’ai alors cherché un lieu qui puisse incarner, à travers des figures, des notions économiques par définition abstraites et très peu cinématographiques. Je l’ai trouvé à Cleveland qui a décidé d’attaquer 21 des banques les plus puissantes du monde suite à la crise des subprimes – un désastre économique et social pour la ville et ses habitants. Le procès étant sans cesse repoussé, j’ai choisi de le mettre en scène avec ses véritables protagonistes. Cleveland c’est une métaphore de l'Amérique, mais aussi du monde.

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Comment êtes vous parvenu à convaincre les protagonistes?
C’était un long processus. D’autant plus que certains témoins étaient sur la sellette, en position d’accusés… Il a aussi été très difficile de trouver des familles qui acceptent de témoigner: il a fallu faire comprendre l’idée centrale du film, que ce procès serait symbolique, un espace de parole... Une fois la démarche comprise, quelque chose s’est produit, de l’ordre de l’abandon.

Comment avez-vous mis en place ce dispositif singulier?
Il y a des caméras dans les procès américains, mais elles ont des places bien précises. Comme nous avions la liberté de la mise en scène, nous avons décidé de les mettre à des endroits où elles n’auraient pas pu se trouver dans la réalité. Nos deux caméras se faisaient face, montées sur des petits rails de travelling. A quelques millimètres près, elles étaient dans le champ l’une de l’autre et le procédé se dénonçait lui-même! L’"enveloppe" du film est donc fictionnelle, mais personne ne joue un rôle. Tout ce qui se déroule sur "la scène" du tribunal est de l’ordre du documentaire. Je n’ai jamais induit de rebondissements, cela m’aurait semblé extrêmement factice. En revanche, j’ai choisi les témoins avec beaucoup de soin et les effets de surprise viennent du fait qu’on est dans un processus de dévoilement, comme dans une enquête où l’on comprend les choses pas à pas. Enfin, nous avons aussi réécrit le film au montage. Grâce aux deux caméras, nous avons pu dilater le temps, amener un silence, une expression qui n’étaient pas là. Nous avons amplifié ce qui allait dans le sens de la scène. Sans trahir.

Vous avez fait le choix d’une forme particulière, à la frontière du documentaire et de la fiction…
J’essaie toujours que mes films parlent du documentaire, de ses moyens et de sa grammaire, en essayant d’interroger sa forme même. Pour moi, la vertu du film documentaire est de trouver des formes singulières, qui peuvent emprunter à la fiction, pour faire voir la réalité, autrement. Même si certains le considèrent comme le lieu de la vérité et de la non-représentation… Il y a une sorte de religiosité par rapport au réel et à son enregistrement! Quand on voit tous les canaux – la télévision, internet… – par lesquels le réel nous arrive tous les jours, je pense au contraire que le cinéma doit jouer une autre carte. Celle de l’expérimentation et de formes qui doivent nous interroger sur le monde et notre manière de le représenter.

Ce film vous a-t-il donné envie de prolonger cette réflexion sur le capitalisme?
Je commence un film sur l’Organisation Mondiale du Commerce. Je ne sais pas encore la forme qu’il prendra mais il bouclera un peu une trilogie entamée avec Le génie helvétique et Cleveland contre Wall Street. L’OMC concentre les grands échanges internationaux et un certain rapport entre économie et politique dans une perspective de conquête: il faut sans cesse emporter de nouveaux marchés, gagner des points de croissance, sur une planète pourtant finie!

galerie photo

titre international : Cleveland Versus Wall Street
titre original : Cleveland Versus Wall Street – Mais mit dä Bänkler
pays : Suisse, France
vente à l' étranger : Playtime
année : 2010
réalisation : Jean-Stéphane Bron
scénario : Jean-Stéphane Bron

prix/sélections spéciaux

Cannes 2010 Quinzaine des Réalisateurs
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(Service disponible uniquement en France)

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