Choisissez votre langue en | es | fr | it

Interview : Gabriel Achim • Réalisateur

email print share on facebook share on twitter share on google+

Quand la satire transcende l'Histoire

par 

- Le réalisateur, scénariste et producteur roumain évoque son premier long métrage, Adalbert’s Dream, et comment l'Histoire roumaine apparaît à travers la perspective du présent.

Interview : Gabriel   Achim • Réalisateur

Le réalisateur/scénariste/producteur évoque son premier long métrage, Adalbert’s Dream, les différents formats utilisés comme différents moyens de raconter l'Histoire, la dimension satirique de son film et comment l'Histoire roumaine apparaît à travers la perspective du présent.

Cineuropa : Adalbert's Dream [+lire aussi :
critique
bande-annonce
film focus
interview : Gabriel Achim
fiche film
]
s'inspire-t-il d'une histoire vraie ?

Gabriel Achim : J'ai lu un texte qui évoquait un accident du travail survenu dans une grande usine communiste dans les années 1980 : un travailleur avait perdu sa main dans un accident et un autre, chargé de la reconstitution de l'événement (c'était une pratique courante à l'époque), avait à son tour perdu la sienne. Donc cette sombre histoire est hélas réelle, mais elle m'a fourni une excellente occasion d'écrire un scénario sur l'absurdité de cette époque, ainsi que de questionner et d'explorer mes propres impressions sur les "accidents" qu'un réalisateur recrée quand il reconstitue des faits réels.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Pourquoi l'histoire du film se déroule t-elle juste après le désastre de Tchernobyl et la victoire du Steaua Bucarest en Coupe d'Europe des clubs champions ?
J'aurais certainement pu situer l'action à notre époque, et beaucoup de Roumains auraient apprécié ce choix (ils en ont assez des films sur la période communiste, bien que je pense qu'il n'y a pas eu en réalité plus de cinq films sur le sujet), mais je ne fais pas partie de ceux qui estiment qu'on a déjà évacué tous les malaises du passé. L'histoire vraie dont je suis parti s'est passée dans les années 1980. J'ai choisi le jour du 8 mai 1986 parce que c'est une des journées les plus étranges de notre Histoire récente. La catastrophe de Tchernobyl s'était produite deux semaines avant et les gens parlaient encore de ses possibles conséquences négatives. Et puis, la veille du 8 mai, le Steaua Bucarest a remporté la Coupe d'Europe des clubs champions face au FC Barcelone et les gens ont été transportés, tout le monde, parce que personne ne pensait que le Steaua pourrait battre chez eux les géants de Barcelone ! Le 8 mai marquant l'anniversaire officiel du Parti communiste, les autorités ont cependant vite réorienté l'enthousiasme général vers cette célébration : dans les cantines, les théâtres, les écoles, etc., tout le monde était tenu de prendre part aux festivités en l'honneur du Parti communiste. Pour vous donner une idée de l'atmosphère qui régnait, le quotidien sportif de l'époque n'a consacré qu'un entrefilet en dernière page au score final de la Coupe et aux joueurs des deux équipes. C'est tout ce qui a été dit sur cette fantastique victoire. Toutes les autres pages étaient réservées au Parti ! Sans exagérer, c'est un des rares événements qui ait donné de l'espoir au peuple sous le régime communiste – l'espoir que l'impossible, c'est-à-dire d'échapper à l'enfer moral et politique, était devenu possible.

Pourquoi avez-vous inclus dans le film autant de saynètes dialoguées ?
Je pense que ce n'est pas seulement une question de texte, mais aussi de texture. La texture du média filmique est devenue un sujet d'intérêt tout particulier pour plusieurs raisons. L'histoire tourne autour du magnétoscope clandestin que le héros garde sur lui pour regarder la grande victoire du Steaua avec ses collègues. Nous avons essayé de reconstruire la réalité monochrome et sans pitié des années 1980 sur VHS dans une optique documentaire, et de déconstuire la conscience collective des gens de l'époque. Le héros est en outre réalisateur, et le film contient des extraits de ses travaux. Pour ce qui est du texte, mon impression personnelle des années 1980 en Roumanie est que les choses ne se passaient que dans d'étroites enclaves privées. Nous vivions passivement, nous entendions de nombreuses histoires, mais nous ne pouvions jamais déceler la mince frontière entre la réalité et les fictions. Le temps semblait par ailleurs avancer au ralenti, et le seul "divertissement" qui nous restait était de dire ou d'écouter d'interminables contes et plaisanteries. Il n'y avait qu'une seule chaîne de télévision qui fonctionnait deux heures par jour et consacrait tous ses programmes aux "accomplissements" de Ceausescu.

Quelle est l'opinion des Roumains sur les approches satiriques, en particulier des films de la Nouvelle vague roumaine, sur l'époque de Ceausescu et la période qui a suivi juste après ?
De plus en plus de Roumains ont la nostalgie du communisme. Ils ont tendance à penser que c'était une bonne idée qui a été mal exécutée. La satire est un des antidotes les plus efficaces contre l'oubli et elle a une fonction universelle au cinéma car elle permet de transcendee le sujet du récit.

galerie photo

titre international : Adalbert's Dream
titre original : Visul lui Adalbert
pays : Roumanie
année : 2011
réalisation : Gabriel Achim
scénario : Gabriel Achim, Cosmin Manolache
acteurs : Gabriel Spahiu, Doru Ana, Ozana Oancea, Mimi Brănescu, Anca Androne, Paul Ipate, Alina Berzunteanu
cinando

Follow us on

facebook twitter rss

ArteKino

Newsletter

Unwanted_Square_Cineuropa_01