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“D'autres personnes qui ne correspondent plus aux standards de notre société”

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Laura Wandel • Réalisatrice

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- CANNES 2014 : Cineuropa s'est entretenu avec la réalisatrice Laura Wandel, qui présentait cette année le court métrage Les corps étrangers en compétition à Cannes

Laura Wandel  • Réalisatrice
© Alice Khol

Le troisième court-métrage de la réalisatrice belge Laura Wandel a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes. Les corps étrangers racontent l'histoire d’Alexandre, un photographe de guerre resté invalide suite à un accident survenu pendant un reportage dans un pays en guerre. Amputé d’une demi-jambe, Alexandre fréquente la piscine, où un maître-nageur l’aide a se réapproprier son corps et, d’une certaine manière, à se réinsérer dans la société après cette expérience qui l’a changé à jamais. Alexandre est visiblement en colère contre le monde, ou peut-être contre les gens "normaux", comme ceux qui fréquentent la piscine : le nageur qui involontairement le pousse (qu'Alexandre ne se prive pas d'insulter violemment), le maître-nageur qui tente en vain de lui témoigner de l'amitié. À la piscine, Alexandre s'intéresse surtout aux corps de femmes enceintes qui nagent, et dont la caméra de Frédéric Noirhomme rend parfaitement toute l'élégance, ou à ceux des dames âgées qui font de la gymnastique aquatique. Ce sont des corps "étrangers" aux standards de beauté, tout comme celui d’Alexandre, qui va devoir lutter contre lui-même et affronter ses démons pour pouvoir enfin s’accepter à nouveau. Dragons Films a produit le court-métrage. Cineuropa a rencontré Laura Wandel.

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Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a amenée à aborder ce sujet ?
Laura Wandel : Nous vivons dans une société où l’apparence physique est primordiale, et j’avais envie d'interroger ce phénomène et la manière dont il influence notre regard, et d’explorer la violence par laquelle peut passer un homme qui ne correspond plus à ces normes, ainsi que la tendance qu’on a parfois à projeter l’image qu’on a de soi dans le regard des autres.

Les "corps étrangers" sont donc des corps différents…
Oui, Alexandre est étranger par rapport à son corps, et par rapport à tous ces autres corps.

Le regard des autres, comme celui des enfants qui le regardent dans la douche, semble alimenter sa frustration, mais ne lui fait-il pas aussi du bien, quelque part ?
Je pense que les enfants ont un regard vrai sur les choses, un regard spontané. Au lieu de détourner le regard et faire comme si de rien n'était, ils affrontent la chose directement (comme quand ils demandent à Alexandre si ça fait mal, ndlr.), et ça lui fait du bien.

Et son regard à lui ? Alexandre a l’air très intéressé par les femmes enceintes et les vieilles dames qu'il voit à la piscine…
En fait, il regarde les autres comme il se perçoit lui, or il se perçoit comme ne correspondant plus a une norme. Du coup, son regard se concentre sur d'autres personnes qui ne correspondent plus aux standards de notre société. Cela se reflète aussi dans la manière dont la caméra les filme – on a filmé de très près, car le personnage regard le détail des corps. Il n’a plus son appareil photo qui, avant, s'interposait entre lui et les autres : il est directement confronté aux autres, et il en sent la pression.

Comment avez-vous travaillé avec Alain Eloy ?
Je lui ai fait lire beaucoup de livres sur des photographes de guerre, car j’avais envie qu'il se nourrisse des histoires de ces gens. On est allés voir des kinés et des amputés, pour discuter avec eux. Nous sommes allés à la piscine avec un kiné, pour qu'il nous montre comment nager et se déplacer. Il y a eu de la préparation au niveau des positions et du déplacement, mais pas au niveau des dialogues.

Aviez-vous déjà travaillé avec des effets spéciaux avant ?
Non, c'était la première fois, et à dire vrai, je ne me rendais pas compte du travail que ça allait être. Heureusement, Umedia a rejoint le projet, or ils ont un département effets spéciaux, ce qui nous a permis d'avoir une personne à notre disposition pendant le tournage, pour nous aider à faire les choses correctement. J’ai été entourée par des experts, de sorte que je n'ai pas eu à m’en soucier. J’ai eu de la chance.

A-t-il été difficile de réunir le budget du film ?
J’ai été soutenue par la Fédération Wallonie Bruxelles, par la RTBF et par le Tax Shelter, mais cela n'était pas suffisant pas pour tout couvrir : les gens qui ont participé au tournage n'ont pas été payés. Heureusement, j’ai eu une super équipe, qui m'a offert son temps et toute son énergie.

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