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"Aucun film n’est une île"

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Peter Greenaway • Réalisateur

par 

- BERLIN 2015 : Cineuropa s’est entretenu avec Peter Greenaway, le réalisateur de Eisenstein in Guanajuato, en compétition à la Berlinale

Peter Greenaway  • Réalisateur

Le réalisateur britannique Peter Greenaway a présenté son dernier film, Eisenstein in Guanajuato [+lire aussi :
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, à l’occasion de la Berlinale. Cineuropa a discuté avec lui de son protagoniste, Sergei Eisenstein. 

Cineuropa : Quel est le thème central de ce film ?
Peter Greenaway : Ce film est une célébration, il est joyeux. Il s’agit d’un homme qui tente de trouver sa véritable identité par de nombreuses façons différentes. Il était curieux au sujet de sa propre identité sexuelle. On a des indications qui montrent que lorsqu’il était adolescent, il ne pensait pas tout à fait que l’attirance normale pour le sexe opposé lui convenait. Nous avons vraiment des preuves de ça, je pourrais vous les montrer. Je n’invente rien.

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Il a en effet vécu une aventure passionnée d’une dizaine de jours avec Palomino Cañedo.  Bien sûr, je ne peux pas affirmer qu’ils se soient nécessairement séparés de la manière que j’ai indiquée. Je pense personnellement que l’histoire n’existe pas, mais les historiens oui. 

Pensez-vous que le séjour d’Eisenstein au Mexique l’ait changé en tant que réalisateur ?
Supposons que devenons tous plus matures et que nos personnages se développent. J’imagine que nos personnages, en fait, à mesure que nous vieillissons, deviennent plus sympathiques. Cela aurait donc pu se passer de toute façon. Il est notoire que lorsque nous sommes à l’étranger, nous nous comportons différemment, nous prenons des risques. Et voilà qu’Eisenstein se retrouve dans un pays complètement étranger, à plus de 5000 km de Moscou. Et il n’y a aucun Russe pour surveiller constamment ses faits et gestes, particulièrement pas de stalinistes. Il a la possibilité de se libérer ; il laisse libre cours à sa curiosité. Pour lui, rencontrer ces personnes extraordinaires, si différentes de lui, a été un véritable choc culturel. Je pense que toute cette liberté n’a fait que libérer quelque chose qui était déjà présent en lui. Mon hypothèse est que ses trois premiers films concentrent de nombreuses idées, mais des idées sur la masse et non sur les individus. Si vous regardez ses trois derniers films, on s’aperçoit qu’il commence à s’intéresser aux personnes et à leurs relations ; elles y sont bien plus développées, plus humaines et contemporaines. Je crois que c’est hors de son pays et de sa culture, lorsqu’il a répondu à des choses qui dormaient en lui, qu’il a commencé à s’intéresser bien plus aux individus qu’à l’idée de masse.

S’agit-il d’une coïncidence que ce film ait été réalisé à une époque où les droits des homosexuels sont plus débattus que par le passé ?
Il ne s’agit pas d’un film gay, mais d’un film sur un homme qui a une aventure avec un autre homme. Il serait bien sûr extrêmement naïf de nier ces associations. Tous les films historiques traitent autant du présent que du passé, c’est ainsi qu’il doit en être. Oui, il y a un lien, toute une série d’échos.

Comme vous pouvez vous en douter, je ne suis pas très apprécié en Russie, tout du moins officiellement. J’ai reçu de nombreux courriers d’insultes, mais rien de dangereux.

Quelle a été la clé pour trouver les acteurs du film ?
Vous imaginez bien le problème que nous avons rencontré : il existe de nombreuses vidéos d’Eisenstein, et je souhaitais les utiliser. J’ai donc dû trouver quelqu’un qui lui ressemblait vaguement. Nous avons cherché partout. Ensuite, Presque par accident, nous avons trouvé Elmer Bäck, et j’aime à penser qu’il était parfait pour ce rôle.

Outre Eisenstein, avez-vous d’autres cinéastes favoris ?
Eisenstein m’a toujours intéressé, mais au cours des 20 dernières années il m’a peut-être encore plus fasciné car il a été mis à l’épreuve et testé ; il a résisté à l’épreuve du temps et il a laissé une œuvre de première importance.

J’ai de nombreux cinéastes favoris, nous avons tous nos idoles, évidemment. Le film est rempli de citations. Mon film préféré est L’Année dernière à Marienbad, de Resnais, et ils jouent au jeu de Marienbad à la fin. Un autre de mes films favoris est La Règle du jeu, de Renoir, dans lequel on peut voir Renoir sautant sur un lit, et j’ai emprunté cela pour une citation à propos de ce que fait Eisenstein. Il y a également des références à des clowns assez banals, c’est évidemment un clin d’œil à Fellini. Connaissez-vous cette fameuse phrase de John Donne, "Aucun homme n’est une île"? Moi, je dirais "Aucun film n’est une île". Chaque film se répète, en un sens. La plupart de l’art traite de l’art ; pas de la vie, mais de la contemplation de l’art.

Comment votre manière de réaliser des films a-t-elle évolué ?
Nous avons déjà réalisé 15 films de fiction, et ils partent tous dans des directions différentes. Je ne peux pas continuer à faire les mêmes films de la même manière encore et encore, mais ils parlent tous à peu de choses près du même phénomène : la primauté de l’image, la notion de littérature visuelle qui est selon moi tellement essentielle, ainsi que l’importance de l’étranger, de l’alternative. Tout ça est très pompeux, mais je souhaite réaliser des films non-narratifs, multi-écrans et au présent. C’est en train de se faire, que je le veuille ou non, et que vous le vouliez ou non.

(Traduit de l'anglais)

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