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"J’espère avoir fait un feelgood movie qui invite au bonheur"

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Halkawt Mustafa • Réalisateur

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- Cineuropa a rencontré le réalisateur norvégien Halkawt Mustafa pour parler de son deuxième long-métrage El Clásico, dans les salles de son pays à l’heure actuelle

Halkawt Mustafa • Réalisateur

A l’heure où l’on peut voir sur les écrans scandinaves des films consacrés à de célèbres figures historiques, à des faits guerriers de grande envergure, sort El Clásico [+lire aussi :
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, un film dont les personnages sont Alan et Shirwan, deux frères de petite taille engagés dans une aventure en apparence ordinaire puisqu’il y est question de football et d’amour, mais qui s’avère une quête peu banale. Ce film a été montré en janvier dernier au Festival de Tromsø, après avoir connu sa première mondiale en décembre 2015 au Festival International de Dubaï qui lui avait accordé son soutien financier. La première aux Etats-Unis va se faire au tout proche Festival de Tribeca, presqu’en même temps que celle d’Oslo. Le réalisateur est Halkawt Mustafa, originaire de la province de Sulaymâniya dans la partie kurde de l’Irak, et c’est dans le café de la Maison du Cinéma à Oslo, lieu de ralliement des cinéphiles de la capitale norvégienne, qu’il a parlé à Cineuropa de son deuxième long-métrage qu’il a lui-même produit avec Anders Graham.

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Cineuropa : El Clásico... ce titre s’inspire des rencontres de football opposant le Real Madrid et le FC Barcelone.
Halkawt Mustafa :
Oui. Il y a quelques années, alors que je préparais un documentaire au nord de l’Irak, de bruyantes manifestations m’ont presque effrayé : en fait il s’agissait simplement d’une foule enthousiaste qui fêtait la victoire du Real sur son rival préféré. J’ai alors eu l’idée d’un film et j’ai embarqué deux frères kurdes, que je connaissais déjà un peu, dans une épique chevauchée à bord d’un moto-quad. Wrya Ahmed et Dana Ahmed ignoraient tout du cinéma. J’ai vécu avec eux pendant un an, d’abord pour mieux comprendre les difficultés qu’ils rencontrent, pour partager leur quotidien, ensuite pour leur montrer des films, pour bien leur expliquer ce que j’attendais d’eux. Il s’en est suivi une réelle complicité, une véritable amitié qui subsiste encore. Au cours de cette année-là le scénario, que j’avais élaboré avec Anders Fagerholt, a été un peu modifié à leur contact.

Par souci d’authenticité ?
Exactement. On a emprunté des éléments à leur vie, à leur réalité quotidienne : par exemple leurs vives disputes sur les mérites comparés des deux équipes espagnoles ne sont pas de la fiction. On a quand même mis l’accent sur leurs rêves, leurs aspirations, leur dynamisme, plus que sur les préjugés et les discriminations dont sont victimes leurs semblables.

Vous vous intéressez au football ?
Pas tellement. J’ai un petit faible pour le Real, mais c’est près de Barcelone que je passe le plus souvent mes vacances. Obtenir un rendez-vous avec Ronaldo, pour les besoins du film, a été difficile, car il est très occupé. Après d’innombrables coups de téléphone  la rencontre a enfin pu se faire, et je l’ai trouvé très sympathique.

Les comédiens sont des amateurs ?
Pas tous. Deux d’entre eux sont très connus en Irak : Kamaran Raof, qui interprète Jalal, l’intransigeant père de Gona la bien-aimée d’Alan, est aussi metteur en scène, et Rohzin Sharifi, qui joue Gona, doit sa célébrité à des séries télé. Elle a vécu avec Wrya et moi pendant deux semaines avant le tournage pour que son comportement soit simple et naturel dans les scènes de douceur et de tendresse. Pour que tout se passe bien, la cordialité, la convivialité, c’est extrêmement important sur une grosse production qui implique plus de 80 personnes de différentes nationalités. Les langues parlées dans El Clásico sont le kurde, l’arabe, et l’espagnol. J’ai eu la chance d’être aidé par quatre assistants, et nous avons été secondés par un solide service de sécurité. Il a fallu quatre ans environ pour faire El Clásico, dont deux consacrés à l’écriture, soixante jours de tournage avec le directeur de la photo Kjell Vassdal, six voyages en Espagne, sans oublier le complexe travail de montage effectué par Inge-Lise Langfeldt. Et le tout pour un budget de 16 millions de couronnes, près de deux millions d’euros.

Le paysage musical...
On le doit au compositeur Trond Bjerknes : tout a été enregistré en live en studio avec des musiciens du pays et des instruments du Moyen-Orient tels que l’oud et le kamanche, qui est une sorte de violon.

Il y a une étonnante scène dans la neige.
J’y tenais absolument. Deux semaines à attendre que la neige se décide à tomber ! Nous étions pourtant dans la région la plus froide d’Irak. Toute l’équipe voulait partir, mais j’ai tenu bon et j’ai fini par avoir la neige que je souhaitais.

Pourquoi avoir tourné en Irak ?
La plupart des cinéastes choisissent le Maroc ou la Jordanie pour tourner leurs films, pour des raisons de sécurité. Nous avons pris le risque de tourner en Irak, dont deux semaines à Bagdad, en dépit des dangers, pour l’ambiance, pour mieux ancrer l’histoire dans le réel. Il a fallu s’accommoder des nombreuses barrières, des contrôles incessants, des multiples autorisations à solliciter... Dès le premier jour un attentat a fait une vingtaine de victimes à proximité du lieu de tournage. Et pourtant, malgré tout, les gens vivent, rient, et prennent le temps de se passionner pour le football. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on finit par s’habituer aux bombes. Presque tout ayant été détruit par les bombardements, en particulier ceux de 1988,  il a donc fallu construire des décors, le bazar, le café, les boutiques entre autre. Les moments graves avec les manques, les frustrations sont évoqués, mais on a fait tellement de films tristes sur l’Irak...  j’espère avoir fait, pour changer, un feelgood movie, un film qui invite au bonheur.

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