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"Les protagonistes de mes films sont souvent des femmes, car dans le fond, je suis un féministe"

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Olivier Assayas • Réalisateur

par 

- Nous avons rencontré le Français Olivier Assayas, récompensé à Cannes pour son travail dans Personal Shopper, qui a reçu un hommage pour l'ensemble de sa carrière au Festival du film de Zurich

Olivier Assayas  • Réalisateur
Olivier Assayas avec le prix A Tribute to… du Festival du film de Zurich

Après lui avoir offert un rôle secondaire dans Sils Maria [+lire aussi :
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, Olivier Assayas mise à nouveau sur l’actrice américaine Kristen Stewart pour son nouveau film, Personal Shopper [+lire aussi :
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. Ce film de genre a valu au réalisateur français le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, le mois dernier. Cette fois, l’actrice incarne une spécialiste de la mode qui vit à Paris. Elle attend que son frère jumeau, mort il y a peu, lui envoie un message de l’au-delà. Elle reçoit soudain d’étranges messages anonymes sur son téléphone portable. Ce film mystérieux remet en question toute la réalité.

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Lors de sa 12e édition, le Festival du film de Zurich a décerné au réalisateur le A Tribute to… pour l’ensemble de son travail. À la suite de ce prix, quelques-uns de ces titres ont été projetés au Filmpodium de la ville suisse.

Cineuropa : Dans Personal Shopper, vous avez recours à une histoire de fantômes pour raconter le voyage émotionnel complexe de la protagoniste. Croyez-vous aux fantômes ou devrions-nous peut-être parler d’un outil pour réguler notre vie intérieure ?
Olivier Assayas : C’est une question de terminologie. Si tu dis que tu crois aux fantômes, tu passes pour un idiot. Mais je crois qu’il existe des choses immatérielles, invisibles parmi nous. La vie ne s’arrête pas à ce qui est tangible. Nous luttons chaque jour avec notre imagination, nos rêves, nos peurs. Ce sont des choses bien réelles que nous ne voyons pas.

Vous avez récemment fait les gros titres en affirmant que Kristen Stewart est la meilleure actrice de sa génération.
Elle est totalement responsable de nombreuses scènes du film. Celui-ci repose beaucoup sur ce qu’elle a elle-même créé et apporté. Je pense qu’elle aime travailler avec moi, car elle dispose d’une liberté en tant qu’actrice que les productions hollywoodiennes ne permettent pas. Par exemple, elle était très surprise de voir que toutes les scènes tournées pour Clouds of Sils Maria apparaissent au montage final. Elle sait qu’à Hollywood, la moitié des scènes tournées ne sont pas reprises. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais cela ne reflète pas tout le travail des acteurs.

Avez-vous vu de nombreux classiques de l’horreur pour préparer votre film ?
J’en ai vu beaucoup tout au long de ma vie. Les films d’horreur représentent l’une des expériences les plus palpitantes qu’un spectateur peut vivre. Les réactions sont même physiques. Il faut prendre en compte beaucoup de facteurs cinématographiques pour obtenir un tel effet. J’ai toujours admiré les cinéastes indépendants qui se sont consacrés au genre aux États-Unis quand moi, je faisais mes débuts dans le monde du cinéma, dans les années 1970. John Carpenter, Wes Craven, David Cronenberg… Je les ai tous interviewés.

Avant de devenir réalisateur, vous avez rédigé des articles sur le cinéma dans Cahiers du Cinéma : cette expérience a-t-elle influencé votre travail de réalisateur ? Cela vous a-t-il fait prendre conscience de la manière dont vos films seront analysés ?
Pour moi, cette expérience de jeunesse était comme une école. Ma formation se concentrait sur les arts plastiques et ce travail m’a fait prendre conscience de certains aspects du cinéma que je ne connaissais pas. Je n’arrivais pas à apprécier à sa juste valeur tout ce qui avait trait à l’enregistrement et la vidéo ; grâce aux efforts que j’ai fournis pour évoluer dans mon travail, j’ai appris à apprécier le cinéma.

Pourquoi les femmes sont-elles au centre des histoires de la plupart de vos films ?
Je crois que dans le fond, je suis un féministe. Même si j’ai également réalisé des histoires d’hommes, ce qui m’inspire chez les femmes, c’est leur façon d’adapter leur nouvelle position dans le monde moderne. À mon sens, c’est le fait qui définit les XXe et XXIe siècles. Le machisme est la route qu’empreinte le mal pour évoluer dans notre société ; cela justifie la violence qui y sévit.

Pouvez-vous confirmer que vous avez toujours cherché à vous éloigner du cinéma indépendant français ? Est-ce que tourner en anglais, avec des stars américaines telles que Stewart ou Chloë Grace Moretz, vous permet d’atteindre cet objectif ?
Je n’aime pas l’idée de devoir m’enfermer dans un genre cinématographique précis, sans possibilité de me réinventer en tant que créateur. En outre, j’ai un grand intérêt pour travailler de manière à ce que les cultures se connectent entre elles dans ce monde moderne et universel. C’est un thème que peu de réalisateurs abordent. Avoir recours à des acteurs étrangers me permet d’y arriver. Si je me limitais à l’interprétation française, c’est-à-dire à ces quelques noms puissants qui permettent d’assurer le financement du film, je n’aurais pas la liberté de choisir mes protagonistes et de raconter mes histoires. Par exemple, je n’aurais pas pu trouver d’actrice pour réaliser Personal Shopper.

(Traduit de l'espagnol)

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