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CANNES 2022 Quinzaine des Réalisateurs

Philippe Faucon • Réalisateur de Les Harkis

"Il n’y a pas les bons d’un côté, les méchants de l’autre"

par 

- CANNES 2022 : Le cinéaste français touche encore juste avec son film sur les soldats locaux engagés du côté français pendant la guerre d’Algérie

Philippe Faucon • Réalisateur de Les Harkis

Pour la troisième fois en vitrine de la Quinzaine des Réalisateurs du 75e Festival de Cannes après Fatima [+lire aussi :
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en 2015 et Amin [+lire aussi :
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en 2018, le cinéaste français Philippe Faucon a présenté Les Harkis [+lire aussi :
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dans lequel il passe à la loupe de sa parfaite et humble maîtrise de l’épure cinématographique la cruelle page d’Histoire des soldats locaux engagés du côté français pendant la guerre d’Algérie.

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Cineuropa : Ce sujet des harkis, vous l’aviez déjà partiellement abordé dans La trahison [+lire aussi :
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.  Pourquoi avez vous voulu y revenir en vous centrer totalement sur le sujet ?
Philippe Faucon : Ce sujet est un peu une obsession pour moi parce que j’y suis lié par mon histoire personnelle familiale. Je suis né au moment de la guerre d’Algérie de parents qui l’ont vécue. Ma mère est née en Algérie, elle y a vécu jusqu’à ses 24 ans et elle était très attachée à ce pays. Enfant et adolescente, elle était allée à l’école avec des Algériens qui pour certains se sont retrouvés engagés du côté français et sont devenus harkis, et pour d’autres du côté adverse, chez les indépendantistes. Ce sont des choses dont j’ai entendues parler enfant et je sentais que quelque chose de très compliqué avait été vécu. J’ai notamment entendu parler des gens qui avaient été massacrés. J’avais abordé ce sujet dans La trahison, mais j’étais resté sur le sentiment que j’aurais pu raconter cela plus profondément et autrement, et c’est cela qui est à l’origine des Harkis. Je voulais revenir sur cette période de la guerre d’Algérie en prenant en compte les perdants, ceux qui ont eu tort, tout particulièrement parce que c’est quelque chose qui a été relégué dans l’oubli, mis de côté, et pas tellement abordé au cinéma.

Pourquoi le choix d’un collectif, cette harki 534, et non d’un ou deux personnages principaux ?
Parce que c’est une histoire qui n’est pas simple. Les raisons pour lesquelles des Algériens ont fait le choix de devenir harkis étaient diverses. Chacun des personnages incarne l’une de ces raisons. Pour certains, c’est de la survie alimentaire car ils n’ont plus d’autres choix. À cause de la guerre, ils ne peuvent plus vivre de la terre et ils ont des familles à faire vivre. C’est l’une des causes importantes de l’engagement des harkis auprès des Français car dans la situation de pénurie de l’époque en Algérie, ce que gagnait un harki lui permettait de faire vivre plusieurs personnes. Il y a aussi des raisons de traditions familiales car des pères ont fait les guerres de la France, mais également des raisons de pur mercenariat, d’opportunisme, voire des raisons d’adhésion comme pour le sergent-chef Amin qui est le seul personnage du film à être là par conviction : il croit les discours officiels énoncés lors de l’avènement de la Vème République qui disent que les Algériens vont désormais avoir les mêmes droits que les Français et il se méfie à contrario de l’option représentée par le FLN qu’il perçoit comme une aventure.

Comment avez-vous délimité la chronologie de l’intrigue ?
Le film se déroule sur les trois dernières années de la guerre. Il commence en 1959 car en septembre le général De Gaulle évoque pour la première fois l’idée de l’autodétermination, donc il commence à changer de langage, un choix qui, pour les gens attentifs, peut conduire à l’indépendance de l’Algérie. Mais en même temps, c’est un moment où l’on fait appel de façon importante à des Algériens qu’on recrute en masse et qu’on arme contre d’autres Algériens parce que les autorités françaises veulent commencer à négocier en position de force avec le FLN. Se met donc en place une grave et très lourde contradiction : tenter de mettre fin à la guerre mais en y impliquant encore des Algériens contre d’autres Algériens.

Le film évite soigneusement le manichéisme.
Il ne s’agissait pas de faire un film avec des points de vue simplistes car les choses sont complexes, les personnages eux-mêmes sont animés par des motivations qui peuvent être contradictoires, compliquées. Il n’y a pas les bons d’un côté, les méchants de l’autre. La guerre d’Algérie est une période d’une pratique extrême de la violence, mais des deux côtés. Cette violence est représentée dans le film, pas comme un spectacle, mais elle dit des choses sur les personnages qui soit subissent la violence, soit la pratiquent. On voit par exemple des harkis s’acharner sur des prisonniers mais c’est peut-être parce qu’ils s’acharnent sur une image perdue d’eux-mêmes.

Comment qualifiez-vous votre style toujours en retenue ?
Je cherche à approcher les personnages sans les esquisser à traits appuyés et sans forcer l’émotion ou faire appel au spectaculaire, aux facilités. Cette approche des personnages et du récit essaye de trouver d’autres moyens que ceux qui ont trop évidents. Il fallait aussi éviter d’asséner des vérités trop évidentes. Ce n’est pas flou, mais rien n’est d’une seule pièce, d’un seul tenant.

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