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LOCARNO 2022 Compétition

Helena Wittmann • Réalisatrice de Human Flowers of Flesh

“Quand j’écris une scène, ce qui compte réellement, c’est le moment“

par 

- La réalisatrice et artiste visuelle allemande commente son approche artistique et l’élan investigateur qui l’a amenée à faire ce deuxième long-métrage au rythme lent qui vous hypnotise

Helena Wittmann • Réalisatrice de Human Flowers of Flesh

Nous avons interrogé Helena Wittmann sur la Méditerranée entendue comme un espace sans frontières, sur l’avantage de tourner avec une équipe réduite et sur les indices de réalités cachées qui nous entourent à l’occasion du Festival de Locarno, où son nouveau film, Human Flowers of Flesh [+lire aussi :
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et Human Flowers of Flesh, ont un lien étroit avec la mer. D’où vient la connexion maritime ?
Helena Wittmann :
J’ai le sentiment que nous avons tous une certaine connexion personnelle avec la mer, surtout depuis que j’ai fait Drift, et que la nature de cette connexion dépend de si on est né au bord de la mer ou loin d'elle. Je viens d’un endroit qui se situe à 300 km dans les terres. En 2005, j’ai déménagé à Hambourg où, à travers le port, on peut sentir le lien avec d’autres mers, et d'autres océans aussi. Avec Drift, j’ai essayé d’explorer cet espace d’échange économique, mais aussi environnemental, mais une foule de questions se sont posées, et je ne pouvais me concentrer dans un film que sur certaines d’entre elles. Il fallait donc que je continue. Dans Human Flowers of Flesh, la mer est présentée différemment.

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Absolument : dans ce deuxième long-métrage, vous semblez explorer plusieurs conditions de l’humanité et de la nature à travers la contemplation, et je ne peux m’empêcher de songer à votre parcours comme artiste visuelle, car plusieurs épisodes du film évoquent l'art vidéo. Est-ce que c’est une idée longuement mûrie ou une décision intuitive ?
C’est moins une idée que l'approche que j'adopte pour comprendre et observer de près le monde. Quand vous avez le temps pour faire ça, vous vous rendez compte que tout est là, et que ça raconte une histoire, ou beaucoup d’histoires, ou l'Histoire elle-même. J’ai tâché de trouver une manière de saisir, de cadrer et de superposer tous les éléments. Peut-être que le monde dans lequel nous vivons est un peu à cours d’énergie pour ce genre d'observation. À travers Human Flowers of Flesh, j’ai compris que tout était fluide et interconnecté, et que les frontières n’existent pas vraiment. Les organismes vivant dans l’eau sont en contact tout le temps ; ils se mélangent et se déplacent. Dans la Méditerranée, tout est en état de flux, y compris les humains. C’est, en somme, un seul et même environnement, très vivant et constamment en mouvement, et pas si divisé que ça. Je voulais porter cela à l’écran, et le cinéma me semblait être l'outil parfait pour explorer ces idées. Dans l’espace artistique, nous n’avons pas l’opportunité de nous concentrer ainsi.

Comment était la vie derrière la caméra et l’atmosphère de ce tournage sur un bateau ?
Nous avons tourné la partie principale sans interruption en 2020, sur six semaines. Le Covid-19 a compliqué les choses, surtout avec l’équipe internationale que nous avions, mais elle était assez réduite et jamais fonctionner de cette manière, parce que ça préserve une certaine intimité. Nous avions un bateau supplémentaire, mais finalement, nous ne nous en sommes jamais servi, donc nous étions vraiment peu, 16 en tout. J’ai eu une expérience similaire avec Drift et je rester sur ce format parce que cela influe sur la perception et la manière dont les personnages échangent entre eux et déteignent les uns sur les autres. Par moments, ça faisait un peu l’effet d’un espace utopique, peut-être aussi parce qu’on vivait des temps étranges de pandémie. Nous avions un scénario, bien sûr, mais n'avons pas pu tourner en Algérie comme nous l'avions prévu, à cause des restrictions; donc la dernière partie a été tournée au Maroc, à Rabat et à Merzouga, dans le désert.

Aucun élément biographique n'est livré sur les personnages. Voguer sur la Méditerranée, dans leur cas, semble une métaphore de la manière dont ils naviguent dans la vie : librement. Est-ce cet état "liquide" des personnages qui a conduit à la décision de ne pas nous faire connaître leurs histoires personnelles ?
Ce qui m’intéresse vraiment, ce sont les situations. Quand j’écris une scène, l'important, c'est l'instant. Je ne crois pas tant que ça dans la causalité – dans un sens, la causalité m’ennuie. C'est pour cela que je voulais les libérer du bagage de leur passé. Il y a quelque chose de généreux et de beau dans leurs interactions instantanées, dans le fait qu’ils partagent des moments ensemble (comme lire de la poésie, etc.). L’important, pour moi, c’est le contexte qu'ils ont en commun, la communauté qu'ils créent ici et maintenant.

D’un autre côté, l’intérêt croissant du personnage principal pour la Légion étrangère française renvoie à l’Histoire et soulève une question politique très importante : pourquoi est-ce que cette structure militaire héritée du passé colonial continue de fonctionner là-bas ? Peut-être parce que le colonialisme n’est pas encore dans le passé ?
Je suis contente que vous l'ayez vu ainsi parce que c’était mon intention, de faire en sorte que les spectateurs se posent la question. Pour moi, c’est comme un indice de la possibilité d'une guerre civile (ou d'un autre type de conflit), mais c’est vraiment une spéculation personnelle, donc je n’engage pas non plus le public à avoir la même interprétation. Par ailleurs, il y a beaucoup de guerres dans le monde, mais ici en Europe occidentale, nous avons tendance à l’oublier. Le contexte militaire est sous la surface, mais il fait partie de la réalité.

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(Traduit de l'anglais)

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