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VENISE 2025 Semaine internationale de la critique

Oscar Hudson • Réalisateur de Straight Circle

“Ce film parle de nulle part et aussi de partout”

par 

- VENISE 2025 : Le réalisateur britannique détaille pour nous son film et explique qu'il n'arrive pas à prendre les choses sérieuses au sérieux

Oscar Hudson • Réalisateur de Straight Circle
(© 2025 Isabeau de Gennaro pour Cineuropa @iisadege)

Dans l’univers tordu de Straight Circle [+lire aussi :
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, qui vient de remporter le Grand Prix de la Semaine internationale de la critique de Venise (lire l'article), deux soldats ennemis se retrouvent stationnés sur une frontière reculée, entourés de rien d’autre qu’un désert sans fin. Totalement isolés, ils en viennent même à oublier ce qu’ils sont censés faire là, et qui ils sont. Nous avons posé quelques questions sur le film à son réalisateur, le Britannique Oscar Hudson.

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Cineuropa : Votre film fait l'effet d'arriver à point nommé. Vous y abordez des questions graves, mais il se dégage aussi de l'ensemble une énergie punk, une folie. D'où cela vient-il ?
Oscar Hudson :
Dans les premiers temps du film, quand nous rendons compte du caractère de chacune de ces deux nations et de leurs routines différentes, je souhaitais, dans une certaine mesure, mettre en évidence l’absurdité de ces rituels et leur côté ridicule. Je voulais trouver de l’humour dans un rituel nationaliste. Peut-être qu’une part de la folie dont vous parlez vient de là.

Est-il seulement possible de parler de la guerre sans évoquer la folie ? Ces “ennemis” sont si proches l’un de l’autre – ça m'a notamment rappelé No Man’s Land [+lire aussi :
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. Vous référiez-vous à une guerre en particulier ?
Je pense que ce film ne parle de nulle part, mais qu'il parle aussi de partout. C’était une décision volontaire que de le détacher de la réalité et de le placer dans une sorte d’espace vide. Ce faisant, on peut peut-être contourner tous les préjugés et idées préconçues que les gens pourraient avoir par rapport à un film évoquant un conflit précis. Cela dit, je pense qu’il en dit résolument très long sur le moment présent. Il fait écho à nombre des guerres en cours actuellement et avec la montée de l’ethnonationalisme qu’on observe partout en Europe ainsi qu'aux États-Unis.

C'est amusant, que ces hommes qui ont une allure complètement différente au début se mettent à se ressembler de plus en plus, comme dans un film de science-fiction.
Le parcours de ces gardes-frontières et l’évolution de leurs personnages au fil du film sont le cœur du récit. Certes, le film traite des questions plus vastes que sont le nationalisme et la conflit, la différence et la comparaison, mais il parle aussi des choses qui s’expriment au niveau de l’identité individuelle.

Le choix de jumeaux identiques pour les rôles principaux était un aspect vraiment important du film. Au début, ils sont recouverts de prothèses, et puis nous retirons toutes ces couches pour révéler autre chose : un sentiment de fraternité plus authentique qui, à mes yeux, fait écho à ce que le film cherche à dire du nationalisme.

C’est un film modeste. Était-ce principalement pour des raisons de budget, ou aviez-vous à l'esprit quelque chose d'austère, à la manière de Dogville [+lire aussi :
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?
C’est drôle, parce qu'il y a parmi les cinéastes un cliché sur les premiers longs-métrages : il se dit qu'il faudrait tourner tout un film dans une seule pièce, ce qui, d’un certain point de vue, est le cas ici. Après, cette pièce, on a dû voyager loin pour aller la trouver, jusqu'à une zone très reculée du désert sud-africain, où nous avons vécu dans des tentes pendant sept semaines. Tous les avantages qu'il peut y avoir, au niveau de la production, à ne réunir qu'une poignée de personnages dans un seul lieu, on les perd en allant dans un endroit aussi extravagant que celui où nous sommes allés. Mais pour moi, avoir ce genre de désert, immense, plat, sans fin, et y aller réellement, c'était capital. Je crois que ce paysage apporte énormément de caractère.

Pendant un temps, plus personne ne voulait faire de satire politique. Aujourd’hui, elles reviennent en force. Avez-vous craint que les spectateurs aient du mal à accepter que vous parliez de choses sérieuses en les rendant amusantes ?
Je ne me suis pas demandé si l’idée était à la mode ou pas. Tout ce que je fais comporte une part de comédie. Vous savez, je suis anglais, or les Anglais sont incapables de prendre les choses sérieuses au sérieux. Tout finit par se transformer en blague. Dès qu'on se sent mal à l’aise, on lance une blague. C’est comme ça que ça se passe. Les sujets difficiles sont parfaits pour qu'on en rie. Cela dit, si j’ai choisi de me concentrer sur ce film en particulier, c’est à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ça a été le déclencheur. Donc oui, c’est un reflet du moment historique qu'on vit. Je pense que la politique est en train de changer, et que d’autres réactions artistiques à cela vont suivre.

Vous montrez des politiciens faisant des discours pompeux et peu après, le chaos éclate. Pensez-vous qu'il est important de bien dire et redire que la politique peut être ridicule ?
La satire est un instrument de protestation très important. Il y a une expression qui dit que le bruit que tout régime craint le plus, c’est le rire. Je n’entends pas positionner notre film comme une grandiloquente salve de remontrances adressée aux régimes du monde entier, mais évidemment, il aborde des sujets brûlants, avec légèreté.

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(Traduit de l'anglais)

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