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BERLINALE 2021 Compétition

Critique : Natural Light

par 

- BERLINALE 2021 : Dans son premier long-métrage, en compétition, le réalisateur hongrois Dénes Nagy explore la condition humaine à travers une histoire située pendant la Seconde Guerre mondiale

Critique : Natural Light
Ferenc Szabó dans Natural Light

Natural Light [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Dénes Nagy
fiche film
]
, qui est le premier long-métrage de fiction du scénariste et réalisateur hongrois Dénes Nagy et vient de faire sa première mondiale dans le cadre de la compétition de la Berlinale, est une histoire qui parle de la condition humaine, située dans un des contextes qui la met le plus à l’épreuve : la guerre.

Le caporal Semetka (Ferenc Szabó) est un des 100 000 soldats hongrois qui ont soutenu les troupes allemandes dans leurs attaques contre l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Son unité est chargée de débusquer des partisans et de contrôler la population des territoires occupés. Au tout début du film, les soldats sont dans une forêt épaisse et atteignent une rivière où se trouvent deux hommes sur un radeau, un élan mort à côté d'eux. Évidemment, la troupe va tailler toute la viande de l'animal, puis laisser ces deux hommes avec la carcasse.

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Tandis qu’ils avancent péniblement à travers la gadoue formée par la neige récemment fondue, les soldats atteignent un petit village et décident d'y établir leur camp pour trois jours. Ils mangent la nourriture des villageois et dorment dans leurs lits, comme des occupants le feraient. Aucune torture et aucun viol ne nous sont montrés, mais ces hommes usent visiblement du pouvoir qu'ils ont sur les locaux.

Quand le bataillon de soldats décide de suivre le chemin suggéré par le chef du village, ils sont pris en embûche et leur commandant est tué. Semetka devient donc leur leader de facto, et ils retournent au village, pour découvrir que le chef a été abattu et qu'une pancarte où est inscrit le mot "traître" est accrochée à son cou. Les soldats rassemblent tous les villageois, les cantonnent dans une grange et bientôt, les renforts arrivent : une compagnie plus grande, mieux équipée et résolument plus cruelle, menée par un major qui s'avère être un vieil ami de Semetka.

Nagy a composé le scénario à partir du roman du même nom de Pál Závada, sauf que le livre couvre une période allant de 1930 à 1950 alors que le réalisateur n’en a conservé que trois jours, en 1943. Le film est interprété par des non-professionnels castés dans les campagnes hongroises, et le film ne contient presque aucun dialogue. Semetka représente les plus humaines des contradictions en nous : il protège deux jeunes femmes dans le village, mais pas au point de se mettre en danger. Quoique son visage reste impassible pendant le plus gros du film, suggérant qu'il est constamment en train d'évaluer ses options, les autres soldats se conduisent davantage comme on s'attendrait à ce qu'un groupe d’occupants se comporte : ils se saoulent, parlent salement des femmes et harcèlent les villageois.

Semetka n’est pas comme eux. Il est, la plupart du temps, au centre des plans du directeur de la photographie Tamás Dobos, ou plutôt c'est son visage qui est central, un visage assez beau dans le genre campagnard, buriné et toujours pensif. Comme Szabó n’est pas un acteur professionnel, ce qu’on ressent et ce qu’on pense de lui vient du contexte que Nagy a construit autour de lui.

Natural Light est un film d’auteur hardcore, intense, lent et au pas délibérément mesuré. Les silences entre les rares moments de dialogue succinct sont emplis par un design sonore impressionniste et si la violence survient toujours hors-champ, et souvent du côté opposé à celui où Semetka regarde, Nagy s'assure qu’on entend bien tout.

Le film, tourné en Lettonie, se passe presque entièrement dans l'épaisse forêt sus-mentionnée, dont les verts et les bruns sombres se fondent dans les couleurs des uniformes des soldats. Ces images troubles évoquent aussi la morne condition humaine en ces temps si terriblement inhumains, tandis qu’on voit un homme tenter de s’accrocher son humanité, mais aussi de rester en vie. On n'a pas à réfléchir trop longuement pour y voir un parallèle avec le monde d’aujourd’hui, et avec notre propre condition.

Natural Light a été coproduit par Campfilm et Proton Cinema en Hongrie avec Mistrus Media (Lettonie), Lilith Films (France) et Propellerfilm (Allemagne). Luxbox gère les droits du film à l'international.

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(Traduit de l'anglais)

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